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vendredi 27 juin 2008

Attention, livre maudit

Je viens de terminer Versus, avalé en deux jours. Ce roman rejoint le rayonnage assez réduit des livres qui ont compté pour moi. Sa lecture ne peut pas laisser indifférent.

Le personnage principal, Paul Nazutti est un concentré de haine qui porte sur le monde un regard ambigu : il le déteste, mais il continue d’y participer.

Le plus effrayant pour moi (et probablement pour les quelques proches qui parcourent ce blog) est que je me suis reconnu dans ce personnage de fiction. Pire encore, j’ai le sentiment que si j’étais entré dans la police comme j’avais initialement voulu le faire, je serais devenu comme lui. Aujourd’hui je ne lui ressemble qu’un peu !

Je suis persuadé que la société décrite par Antoine Chainas à travers le regard du major Nazutti est la vraie, et cela ne me rend pas optimiste…

Pour en revenir au roman, si j’excepte une fin prévisible et à mon avis inutilement dans la surenchère, il est bon de la première à la dernière page. Sans temps mort, il ne vous laisse pas respirer et vous plonge dans les tréfonds d’une (puis deux) âmes torturées. Là où le Dantec des Racines du Mal vous décrivait un univers glauque, Chainas vous y fait participer… C’est déstabilisant et je ne peux que recommander cette lecture à un public averti.

jeudi 3 avril 2008

Versus

Paul Nazutti, major à la Brigade des mineurs, est un des personnages les plus marquants qu’il m’est arrivé de croiser dans un polar, depuis les héros du Dantec que l’on pouvait encore lire !

Paul Nazutti, flic à l’ancienne, est un torrent de haine lancé contre l’humanité: hommes, femmes, enfants, vieux, noirs, arabes, juifs, homos, hétéros, flics, politiques, touristes, médecins, avocats, juges, fonctionnaires… Il les vomit tous mais encore plus les pervers et les pédophiles. C’est un flic qui guette, chasse, transgresse, torture. N’ayant que faire de la rédemption, sachant très bien qu’il ne sera au mieux qu'"un chiffre dans les statistiques", Nazutti est en croisade contre le rebus de l’humanité.

Dans Versus, à la manière des romans procéduraux classiques, une série de meurtres récents ramènent à la surface des affaires bâclées vingt ans auparavant. En 1988, Nazutti enquêtait sur la disparition d’une jeune fille. Celui qui n’était alors qu’inspecteur était alors plus en guerre contre son propre corps de métier que contre les criminels ; ce qui l’amena à bâcler l’affaire. Nous sommes ensuite transportés en juillet 2008, au moment où Nazutti tombe sur une affaire macabre: des cadavres de pédophiles retrouvés près des cadavres des enfants qu’ils ont auparavant violentés. Le meurtrier a également déposé des poèmes à côté des corps. Le nouveau chef de la brigade des mineurs fait alors équipe avec un idéaliste mis au placard pour avoir dénoncé des supérieurs, et qui revient sur le terrain.

Versus associe la profondeur psychologique et procédurale de Michael Connelly et le regard de Richard Price pour les villes d’aujourd’hui. On y retrouve également parfois les digressions mystiques et religieuses (moins délirantes cependant) de Dantec.