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jeudi 24 décembre 2015

La bibliothèque de Babel existe !



Jorge Luis Borges  publia en 1941 une de ses plus célèbres nouvelles, « La bibliothèque de Babel ». 

La bibliothèque de Babel est une bibliothèque univers, c’est-à-dire qu’elle est tellement grande qu’elle contient tous les textes possibles et imaginables. 
Combien de livres contient-elle exactement ? Un nombre colossal. Pour le comprendre, il faut préciser le « fonctionnement » de la bibliothèque : selon Borges, chaque livre qu’elle possède contient 410 pages et chaque page contient 40 lignes de texte, elles-mêmes composées de 80 caractères chacune. Chaque livre contient donc 1 312 000 caractères et utilise toutes les lettres de l’alphabet (26 lettres), plus l’espace, la virgule et le point, ce qui porte à 29 le nombre de signes différents utilisables.
La bibliothèque comporte donc 291 312 000 livres  (29 multiplié par lui-même 1 312 000 fois). Pour prendre la mesure d’un tel nombre, l’imprimer requerrait 500 pages A4, remplirait un roman de 1 100 pages en format de poche et, écrit en ligne droite, mesurerait environ 354 kilomètres de long. 
Quelle place prendrait alors une telle bibliothèque ? Si l’on imagine qu’un livre occupe un volume de 3 000 cm3, et si l’on part du postulat que l’univers observable est une sphère de 46 milliards d’années-lumière de rayon, de rapides calculs indiquent que l’on peut stocker dans cet univers environ 2,8 × 1050 livres. 
Si elle existait, la bibliothèque imaginée par Borges remplirait non seulement l’univers tout entier, mais en nécessiterait beaucoup plus. 


A défaut d’exister physiquement, la bibliothèque peut être parcourue numériquement grâce à Jonathan Basile. Son site libraryofbabel.info reproduit presque exactement le fonctionnement de la bibliothèque décrite par Jorge Luis Borges. La bibliothèque créée est différente  en cela qu’elle ne contient pas tous les livres possibles mais seulement toutes les pages possibles. La bibliothèque contient donc environ  4,7 ×  104 679 pages différentes, réparties dans104 677 livres.
Bien sûr, la bibliothèque contient tellement d’information qu’il serait impossible de la stocker numériquement. Le contenu de la bibliothèque est donc généré à partir d’un algorithme spécial créé par Jonathan Basile. Chaque page a un numéro unique qui lui est propre et qui l’identifie dans la bibliothèque. L’algorithme utilise ensuite ce numéro de page pour générer un nombre pseudo-aléatoire unique qui est lui-même converti en base 29, c’est-à-dire en texte utilisant les 29 signes cités précédemment : le texte de la page est généré. Le même numéro de page créera donc la même page à chaque fois.
Fidèle à la nouvelle parue en 1941, la bibliothèque numérique est organisée en pièces hexagonales identiques, dont 4 des murs abritent des livres sur cinq étagères chacun.Chaque étagère comporte 32 livres de 410 pages chacun. Et chaque page de chaque livre, de chaque étagère, de chaque pièce est accessible. L’immense majorité de ces pages renferment des suites incompréhensibles de caractères. Pourtant, parmi ces milliards et milliards de pages, se trouvent forcément des livres que vous avez lus. Ces pages contiennent pratiquement tout : vous y trouverez aussi bien les aventures de votre héros de roman préféré que le manuel d’utilisation de votre aspirateur, les évangiles de la Bible ou les versets du Coran, les articles de l’Encyclopédie de Diderot, les poèmes de Shakespeare, toutes les pages de votre journal intime, toutes les théories mathématiques jamais écrites, tous les secrets, tous les rêves, tous les récits et tous les noms, même votre nom et votre histoire, existent déjà dans l’immensité de la bibliothèque de Babel. Parmi ces pages inexplorées se trouve aussi tout ce qui n’a jamais été écrit mais qui le sera peut-être un jour.


Tout ce que vous écrirez ou pourriez écrire est déjà là, quelque part. Il suffit juste de chercher.

vendredi 7 août 2015

Les bibliothèque de la maison de Gracq

On peut parcourir plusieurs bibliothèques dans la maison de Julien Gracq, dont deux m'intéressent tout particulièrement. 
D'abord la bibliothèque de Louis Poirier, constituée des livres trouvés dans la maison au moment du legs et qui n'ont pas été vendu aux enchères. J'ai toujours pensé que parcourir la bibliothèque des gens permettait de les connaitre.
Egalement la bibliothèque des grands lecteurs qui est le fruit d’une commande passée à des écrivains de langue française et aux artistes francophones, connus ou non. Chacun s'est vu poser la question : quels sont les livres que vous souhaiteriez trouver dans la Maison Julien Gracq ? (De 5 à 10 livres). Ainsi les rayonnages de cette bibliothèque sont constitués de la bibliothèque idéale d’écrivains et d’artistes, 80 ayant répondu à ce jour. Chaque linéaire de livres pouvant être par la suite modifié par son « auteur ».
Enfin, la Chambre des cartes du Grenier à sel qui présente jusqu'au 28 août des aquarelles, cartes et paysages imaginaires sur écorces de bouleau réalisés par Emmanuel Ruben.

oeuvre d'Emmanuel Ruben

"En cet empire, l’Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques. 
Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Lib. IV, Cap. XIV, Lerida, 1658."
Jorge Luis Borges, L’auteur et autres textes. El hacedor, édition bilingue, trad. Roger Caillois, Gallimard, 1982, p.198

mardi 4 août 2015

Le roman comme exploration

Voici ce qu'écrit Jacques Abeille à propos de son oeuvre Les jardins statuaires dans la postface des Mers perdues, écrit en collaboration avec François Schuiten.

"Il y a une quinzaine d'année, passant sur une route de campagne, je vis un paysan qui grattait la terre et je me représentai tout à coup un monde où poussaient non des courges mais des statues. Je garde le souvenir de l'éclatante blancheur du marbre en moi vibrant. En ce moment me fut donné une manière de conte philosophique, une métaphore de la création artistique avec son avers de soins patients à une croissance que tout menace, et son revers, le bourgeonnement fou et la mort du créateur écrasé sous son oeuvre.
Je menais une vie sans loisir et des années passèrent sans me laisser l'occasion de tracer la plus modeste ébauche. Puis j'étais dans une chambre d'hôtel et je voyais ma vie que je rompais en faveur de l'avenir. J'étais seul et des pensées me menaçaient. Je pris un cahier et me mis à écrire ce conte dont l'idée me revenait dans mon désoeuvrement. Je croyais en faire le tour en quelques pages. Ma minutie m'entraîna, et enfin un obscur désir de réalité. Je ne veux pas dire qu'il m'importait de rendre vraisemblables des fantaisies, mais qu'il y avait dans le monde que je découvrais trop de richesse pour qu'il consente à la fade transparence d'une allégorie; je cessai de vouloir ce que j'écrivais et laissai surgir des incongruités. Ainsi ce qui devait n'être que le divertissement d'un moment, fut le rêve de quelques mois. Le plus étrange était que cette chose exigeait son temps propre et retardait sa clôture. Par exemple, si des filles hantent cette narration, c'est que deux enfants, Laurence et Stéphanie, vinrent jouer autour de la maison où j'écrivais, leurs rires montaient jusqu'à ma fenêtre; le roman happa ce reste diurne et s'en nourrit. Je cru avoir écris l'oeuvre d'un fou; l'ayant laissé quelques temps, je m'étonne d'une cohérence inattendue. C'est ainsi. Ecrivant, il arrive que l'on franchisse par mégarde une indécise et insoupçonnée frontière; ce dont on se croyait maître se met à exister de son propre poids et, tandis que l'auteur bascule dans une moindre existence, se dresse un être de parole que son élan porte au dehors. La publication est moins une ambition qu'un geste de bonne foi. Il me semble."

Ces propos me semblent parfaitement convenir à son oeuvre, ainsi qu'à celle de Tolkien et de Gracq. L'idée d'un univers découvert et révélé par l'écrivain, l'envahissant pour le dépasser progressivement me paraît juste en ce qui les concerne. Je crois que cela marche moins pour l'oeuvre de Borges, que je trouve plus maîtrisée, canalisée.

mercredi 4 mai 2011

Des écrivains en vidéo

J'ai déniché plusieurs entretiens donnés par mes écrivains préférés :






Julien GRACQ 'Entretien" par MELMOTH


Paul Auster sur Rue89 : l'interview intégrale par rue89

samedi 13 novembre 2010

Qu'a lu Borges ?


Deux archivistes de la Bibliothèque Nationale de Buenos Aires ont analysé les cinq cents livres que Borges lui avait légués. De cet examen minutieux, Laura Rosato et German Alvarez ont tiré un livre Borges, libros y lecturas,malheureusement non traduit à ce jour.
Qu'apprend - t'on du lecteur Borges à la lecture de ce livre ? (ou plutôt d'un article du quotidien La Nacion, repris en français dans le mensuel Books)
Que Borges lisait rarement un livre en entier ! Qu'il ne soulignait pas les passages intéressants mais les recopiait dans les marges.
Il lisait essentiellement des livres en allemand et en anglais, de la poésie et des essais.
Borges lisait pour écrire, d'où son goût pour les encyclopédies et la lecture fragmentaire.
Borges ne recherchait pas les éditions originales ou à tirage limité. Il ne se sentait pas tenu de lire les livres dans leur langue originale, même quand il la connaissait.
Ce Borges lecteur n'est pas celui que j'imaginais lorsque j'essayais vers 18 ans de recenser toutes les œuvres qu'il avait pu lire au travers du filtre de ses propres écrits. Je suis très frustré de ne pas pouvoir lire Borges, libros y lecturas, ne connaissant pas l'espagnol. Mais sans doute vais-je tout de même l'acheter.

lundi 1 novembre 2010

Des lectures à l'infini



Cette bibliothèque est une création de l'artiste Job Koelewijn, exposée en 2006 en compagnie de quatre autres "sculptures" monumentales.
Elle est magnifique et me fait penser à la bibliothèque de Babel de Borges.

samedi 9 octobre 2010

Une partie de la bibliothèque de Borges retrouvée !


Un poème inconnu de Jorge Luis Borges et près de 800 livres souvent annotés de sa main ont été découverts à la Bibliothèque nationale de Buenos Aires. Ces livres sont issus d'un don de l'écrivain lors de sa mise à la retraite par le général Juan Perón, en 1973, et ils ont dormi jusqu'ici. Cette collection est particulièrement précieuse car elle contient des plans de futurs ouvrages et des commentaires en marge, ainsi qu'un poème atypique de Borges.

Si cela vous intéresse, suivez ce lien :

http://www.revuerectoverso.com/spip.php?article65

lundi 19 avril 2010

Borges réédité en Pléiade

Je n'osais l'espérer mais c'est chose faite : les deux tomes des oeuvres complètes de Borges vont resortir en édition de la Pléiade. Merci à Pierre Assouline pour l'information.L'occasion pour moi de me procurer le tome 2 qui me manquait !

samedi 14 février 2009

Une bonne nouvelle ?

Des nouvelles de Borges, lues chez Pierre Assouline. Certains politiciens argentins ont en effet déposé une réclamation officielle afin de faire revenir la dépouille mortelle de l'auteur dans son pays d'origine alors qu'il repose actuellement en Suisse, sa patrie d'adoption.
Plus intéressant pour les lecteurs de Borges, il semblerait que les deux volumes de la Pléiade puisse reparaître un jour, le traducteur Jean Pierre Bernès ayant accepté les modifications demandées par le médiateur commandité par la veuve de l'écrivain. Mais rien n'est fait encore...

dimanche 23 novembre 2008

Conclusions sur l'Aleph et nouvelle lecture

J’ai terminé "L’Aleph". Relire est une activité intéressante, notamment un recueil de nouvelles. On ne lit pas de la même façon à seize ou trente-six ans.
Il y a vingt ans, ce sont les nouvelles L’immortel et L’Aleph qui m’avaient marquées, question d’état d’esprit et de centre d’intérêt je suppose. De ma lecture actuelle, je retiendrais les nouvelles déjà citées dans les précédents articles ainsi que L’écriture de Dieu et Deutsches Requiem.
Etonnante nouvelle que cette dernière, qui me laisse un goût amer dans la bouche. Il s’agit de la confession d’un homme qui va mourir, d’un directeur de camps de concentration. Voici ce qu’en dit Borges dans l’épilogue du recueil : « pendant la dernière guerre, nul ne put souhaiter plus vivement que moi la défaite de l’Allemagne ; nul ne put ressentir plus que moi la tragédie du destin allemand ; Deutsches Requiem veut comprendre ce destin, que ne surent pleurer, ni même soupçonner, nos « germanophiles » qui ne savent rien de l’Allemagne ». Dans cette nouvelle, Borges présente un homme intelligent, cultivé, qui ne regrette rien de ce qu’il a pu faire ou faire faire. Et il est difficile de haïr cet homme, ou de le prendre en pitié. Il me semble incompréhensible, plutôt.
En relisant La quête d’Averroès, je me suis souvenu que j’avais ses « Discours décisifs » dans ma bibliothèque. Mais après les avoir parcourus, je ne pense pas être capable de les lire. Par contre, j’ai exhumé le « Discours sur l’histoire universelle » (Al- Muqaddima) d’Ibn Khaldûn et j’ai décidé de m’y atteler.

samedi 22 novembre 2008

Un autre Zahir

En faisant des recherche sur le Zahir, je suis tombé sur une référence à un roman de Coelho, Le Zahir.
Dans ce livre, un écrivain part à la recherche de sa femme, correspondante de guerre en Irak et qui a disparue. Au fil des pages, l'être aimée va devenir son idée fixe, son obsession, sa raison de vivre.
Plusieurs choses me poussent vers ce livre dont la volonté de voir si Coelho parvient à rendre mieux compte de l'obsession que Borges. Mais il est vrai que je n'aime pas beaucoup les livres de Coelho.

On rencontre tous le Zahir

J’ai relu hier la nouvelle de Borges, Le Zahir. Il y est question d’une pièce de monnaie (mais le Zahir revêt bien des formes différentes) que l’on ne peut oublier et qui finit par obnubiler complètement celui à qui elle a été donné, même après qu’il s’en soit débarrassé.
A la fin de la nouvelle, le narrateur (un Borges) comprend qu’il n’en réchappera pas : « je ne percevrai plus l’univers, je percevrai le Zahir. Selon la doctrine idéaliste, les verbes vivre et rêver sont rigoureusement synonymes ; de milliers d’apparences je passerai à une seule ; d’un rêve très complexe à un rêve très simple. D’autres rêveront que je suis fou et moi je rêverai au Zahir. Lorsque tous les hommes ici-bas penseront jour et nuit au Zahir, qui sera un songe et qui sera une réalité, la terre ou le Zahir ?(…) pour se perdre en Dieu, les soufis répètent leur propre nom ou les quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu jusqu’à ce que ceux-ci ne veuillent plus rien dire. Je souhaite ardemment parcourir cette route. Peut-être finirai-je par user le Zahir à force d’y penser et d’y repenser (…) ».
Outre le fait que j’ai toujours été fasciné par les rêves et l’idée qu’ils sont une seconde vie, je vois dans ces lignes une extraordinaire définition de l’obsession.
Dans ce recueil, je dois aussi recommander la nouvelle La quête d’Averroës, dans laquelle, en voulant raconter l’histoire d’un échec, Borges réalise une formidable mise en abîme.

mercredi 19 novembre 2008

Pourquoi j'aime Borges

Je viens de relire deux nouvelles du recueil l'Aleph. Il s'agit de "Biographie de Tadeo Isodoro Cruz" et de "Emma Zunz".
Dans la première nouvelle, Borges énonce l'idée, fulgurante pour moi, que "toute destinée, pour longue et compliquée qu'elle soit, comprend en réalité un seul moment : celui où l'homme sait à jamais qui il est".
Dans la seconde, un évènement fait basculer la vie d'une jeune femme comme si c'était "la seule chose qui se soit produite au monde et qui continuerait à se produire éternellement".
J'y ai lu cette phrase magnifique, sur l'attente :" l'impatience la réveilla. L'impatience, non l'inquiétude, et le soulagement singulier d'être enfin ce jour-là. Elle n'avait plus à faire des plans, à laisser aller son imagination ; dans quelques heures, elle atteindrait la simplicité des faits".

Rencontres littéraires

J'ai fait des rencontres importantes dans ma vie, y compris des rencontres littéraires.
Tolkien d'abord, dont ma mère m'a offert les trois tomes en Livre de Poche, alors que j'étais malade, au fond de mon lit. Je garde un souvenir précis et net de cet instant. Et cet auteur a infléchi ma vie, durablement.
Lovecraft ensuite, rencontré sur les conseils de Nicolas, un ami. Et découvrir un auteur clef grâce à un ami, c'est quelque chose.
Borges, rencontré par l'intermédiaire d'un magazine. Un coup de foudre, pourrait-t-on dire.
Dans une moindre mesure, ce même magazine m'a fait connaitre Michel Rio (l'auteur de l'excellent « Faux pas »), John Irving (« le monde selon Garp ») et Italo Calvino (« Si par une nuit d'hiver un voyageur »)
Julien Gracq, découvert à cause d'une liste de livres à lire pour entrer en Hypokhâgne.
Et enfin, Paul Auster pour lequel je ne me souviens plus des circonstances de la rencontre (une table, chez un libraire ?) et Siri Hustvedt, partagée avec une amie.

Pour être complet, il faudrait ajouter Dumas et Flaubert, découverts grâce à ma grand-mère.

jeudi 13 novembre 2008

Relire

Je suis content. Je suis revenu à la lecture. Après le roman de Siri hutsvedt, j'ai hésité sur le prochain.
Un bon nombre de livres non lus attiraient mon regard sur les rayonnages de mes bibliothèques. Mais j'avais plutôt envie de parcourir un territoire connu.De me replonger dans des souvenirs (des fantômes ?) de lectures passées.J'ai donc repris mon exemplaire de "L'Aleph",un recueuil de nouvelles de Borges.
J'ai découvert Borges en 1988, à l'occasion du numéro 259 du Magazine Littéraire. J'ai commencé par acheté le recueil Fictions et puis j'ai acquis tout ce que j'ai pu trouver : essais, nouvelles, poésies. Et depuis, je le relis, régulièrement.
Je crois que, comme Julien Gracq (en toute humilité), je suis plus devenu un relecteur qu'un lecteur.

mercredi 5 novembre 2008

Le gôut de la lecture

je viens d'achever les "Cours de littérature anglaise" de Borges. je suis un peu déçu, finalement. Je pense que je n'aurais pas aimé l'enseignement du Borges professeur. Peut-être était-ce dû à son public, mais je trouve ses propos succins.
Tout au plus m'a-t-il donné envie de lire les textes saxons ainsi que les Mille et une nuits de Stevenson.
Mais pour le moment, un autre livre m'attend, à l'angle de mon bureau. il s'agit du roman de Siri hustvedt, "Elégie pour un Américain". Je pense que la lecture de ce livre va me plaire, beaucoup.

mercredi 22 octobre 2008

Une lecture inspirante

A la lecture des cours de Borges consacrés à la langue saxonne, j’ai eu envie d’en lire d’avantage et j’ai trouvé une anthologie des textes celtes et germains dans l’ouvrage collectif « Patrimoine littéraire européen », Vol. 3 - Racines celtiques et germaniques, sous la direction de Jean-Claude Polet.

J’ai aussi trouvé un site donnant accès à quelques textes :
http://www.anglo-saxons.net/hwaet/?do=show&page=Literature
Et je ne résiste pas à vous communiquer ce poème anglo-saxon, traduit en français :

LA SEPULTURE
A toi cette maison construite bien avant que tu ne naisses.
A toi cette terre destinée bien avant que tu ne sortes du ventre de ta mère.
Ils ne l'ont pas encore construite.
On ignore sa profondeur.
On ne sait quelle sera sa taille.
Maintenant où tu dois être je te mène.
Maintenant je te mesure puis je mesure la terre.
Ta maison n'est pas très haute.
Elle est humble et basse.
Quand gisant tu seras là-bas, basses seront les palissades et humbles les murs.
Son toit touche ta poitrine.
Alors tu habiteras dans la poussière et tu sentiras le froid.
La grotte pourrira et sera ombre et sera ténèbre.
Cette maison n'a pas de porte, en elle aucune lumière.
Tu es là prisonnier à jamais et c'est la mort qui a la clef.
Exécrable est cette maison de terre.
Comme il est atroce d'y habiter.
Tu seras là et les vers te rongeront.
Tu es là couché loin de tes amis.
Personne ne viendra te voir.
Personne ne viendra te demander si te sied cette maison.
Personne n'ouvrira la porte.
Personne ne descendra ici : très vite exécrable à la vue tu seras.
Ta tête sera dépouillée de sa chevelure et s'éteindra l'éclat de ta toison.

lundi 20 octobre 2008

De retour




Cela faisait longtemps que je n'avais pas publié d'article sur ce blog... Peu de lecture depuis juin, et peu de livres intéressant.
J'ai commencé "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Stieg Larsson, offert par une amie très chère ; mais je n'ai pas accroché. Peut-être un peu plus tard.
J'ai entamé la lecture des "Cours de littérature anglaise" de Borgès. Ce n'est pas vraiment du Borgès dans le style, mais j'y retrouve sa fantastique érudition et son art de tout mélanger. Très instructif, à défaut d'être passionnant.
Ce livre me done envie de me replonger dans les "Cours au Collège de France" de Michelet ainsi que dans son "Journal" édité chez Gallimard.

jeudi 17 janvier 2008

Internet, création de Borges ?

Borges, précurseur d’Internet ? C’est la thèse que développent certains travaux outre-Atlantique et dont on peut avoir un aperçu dans un article du New York Times…. Pierre Assouline consacre un article à cette idée et se dit troublé par certaines de ces analyses.

Faut-il pour autant lire dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius (1940) une métaphore de Wikipédia , les prémisses du blog et de l’archivage permanent dans Funes el memorioso (1942)ou encore rapprocher le projet de bibliothèque universelle de Google de La bibliothèque de Babel (1941) ?

Je suis plus que sceptique. Selon moi, Borges est un auteur immortel (l’un de ces thèmes d’écriture favoris) ou intemporel, mais je ne le vois pas comme « moderne ». Son approche des technologies est rare voire inexistante.

Bref, j’adore Borges et je l’admire, mais je ne suis pas prêt à en faire le prophète de l’ère numérique ! Nul doute que cette idée l’aurait fait cependant sourire…

mardi 12 juin 2007

Pourquoi lire Borges ?

jorge-luis-borges.jpg

Taxés d'érudits et de complexes, les livres de Borges défient le lecteur, qui tourne souvent autour sans oser s'y plonger. On l'a jugé pédant, fermé sur lui-même, on l'a traité de rat de bibliothèque (ce dont il était plutôt fier !) étalant fièrement son érudition dans des nouvelles qui semblent de mini encyclopédies. On a tort !

S’il y a quelque chose de vrai là-dedans, c’est que Borges ne consultait pas les encyclopédies, il les lisait. L’écriture de Borges était tout entière encyclopédique : recouper, copier-coller des histoires et des faits qui jamais n'auraient dû se croiser, comme deux entrées placées côte à côte dans un dictionnaire par le seul miracle de l'ordre alphabétique, et dont le rapprochement constitue l'ouverture secrète sur un monde parallèle. Explorer en fait.

Ce que Borges aurait emporté sur une île déserte ? Une encyclopédie, bien sûr, car ce faisant il aurait emporté avec lui le reste du monde. Ce que produit Borges en utilisant tout ce qu'il absorbe de ses lectures, c'est une " prodigieuse illusion de savoir " ; ce qui l'anime, une curiosité jamais rassasiée, la volonté d'embrasser l'intégralité du monde en un seul regard.

Lire Borges c'est comme retrouver un ami fort sage et malicieux qui adore vous raconter des histoires qui vous donnent envie de vous cultiver, de découvrir les livres dont il parle avec passion et intelligence. C'est pour moi le monument littéraire le plus facile d'accès, doté d’une écriture simple et directe, sans fioriture. Borges a la faculté de tailler dans le récit pour n'en laisser que l’essentiel, la structure.

Selon Alan Pauls, auteur d’un essai sur Borges (le Facteur Borges) il faut oser lire le maître comme il doit être lu, en replaçant le rire au coeur de l'écriture, " un rire qui nous enlève et nous transporte en un lieu hors de la pensée ". On raconte qu'avec son complice Bioy Casares, Borges s'enfermait des journées entières pour écrire, et qu'on entendait fuser les fous rires au travers de la porte...

De Borges, on peut lire :

- Fictions, un recueil contenant 16 nouvelles ou contes relevant du fantastique. Je recommande particulièrement « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius » qui raconte une conspiration d'intellectuels pour créer un monde imaginaire. Il y a aussi « La bibliothèque de Babel » / imaginez que l'univers soit une immense bibliothèque sur les étagères de laquelle repose un nombre infini de livres.

- L’Aleph, un recueil de dix-sept nouvelles où l’on retrouve les thèmes de prédilection de Borges : les nombreuses références littéraires (parfois volontairement fantaisistes), la métaphysique, les labyrinthes, l'infini, la mort et l’immortalité. Je recommande justement la lecture de « L’Immortel » qui relate l’histoire d’un soldat romain qui se met en quête de découvrir le fleuve d’immortalité qui coule au bord du monde.