Affichage des articles dont le libellé est In Memoriam. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est In Memoriam. Afficher tous les articles

jeudi 25 août 2016

Michel Butor (1926 - 2016)

L'écrivain Michel Butor est mort ce 24 août. Il vivait retiré en Haute-Savoie dans un grand chalet envahi par les livres. Je me permet de rependre deux textes écrits à son propos dans lesquels deux lectrices expliquent pourquoi elles aiment les écrits de Michel Butor.

Michel Butor est mort hier, et c'est un auteur que j'aime. Le Monde écrit à son sujet : "Mais, à vrai dire, tout pouvait susciter chez lui un engouement : un herbier, un musée, un atelier, un album de photographies, une ruine, des collages, une œuvre artisanale, un calendrier, une architecture. Tout ranimait le goût de la langue et une sorte de devoir de description inépuisable. Il jouait sur les mots avec gaieté, avec sensualité, mais sans superficialité ; les mots et les langues étrangères ; ce n’était pas plus un poète de l’épanchement lyrique qu’un poète formaliste."
Voilà exactement ce qui me plaît dans ses écrits : cet "engouement" pour la vie, sous de multiples formes. Le mois dernier, Michel Butor a dit, dans une interview : "une des façons les plus importantes d’agir sur la réalité, c’est de passer par le langage". Je trouve cette phrase très forte, car elle est simple et profonde à la fois.
Et comme il était curieux de tout, Michel Butor a aussi écrit sur les mathématiques :

 LA QUADRATURE DU CERCLE A PARME 
 ou le sfumato des mathématiques

 Le grec qui s’interrogeait à l’ombre des colonnes 
de quelque temple dédié aux déesses de la mesure 
au bord de la mer transparente sur la distance 
entre deux retours de la même irrégularité 
scandant la trace d’une roue de char sur le sable
 par rapport à l’un de ses rayons.

A dû d’abord croire que ses difficultés
venaient de ce que la plage n’était pas assez lisse
et la roue pas assez bien faite mais
lorsqu’après avoir multiplié les précautions
pour approcher de plus en plus d’une plage
céleste et d’une roue divine

Il s’est aperçu qu’en prenant
des unités aussi petites que possible
il restait toujours une différence
une blessure par laquelle s’écoulaient
indéfiniment des chiffres aussi nombreux
que les grains de sable de la mer

Il a dû se dire que c’était encore une manifestation
de la malice des puissances voulant empêcher
les mortels de gravir jamais leur Olympe
et demeurer seuls dans leur jour en nous laissant
dans notre nuit et qu’il n’y avait qu’à se résigner
devant l’arbitraire de ces vieux dieux

Mais lorsqu’il a décidé de nommer ce nombre élusif
s’il a choisi la première lettre du mot périphérie
n’était-ce pas aussi parce que dans son écriture
elle évoquait immanquablement une porte
avec son linteau et ses deux appuis
qui peut et doit ouvrir dans le mur du destin

Sur les chemins de la nuit et du jour
mariant le clair et l’obscur sur l’évangile
d’un monde inépuisablement plus vaste
que celui des anciens les horizons s’élargissant
en spirale dans la lecture traduction
des ermites futurs dialoguant avec les fauves

A la lumière des nouveau-nés la Terre carrée
s’égalant au Ciel circulaire devenant
un cercle elle-même osant être sphère
les bergers se réfléchissant
dans les anges tourbillonnaires
de ses coupoles prophétiques

Ce premier article vient d'ici.

"Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant. Vous vous introduisez par l'étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d'épaisse bouteille, votre valise assez petite d'homme habitué aux longs voyages, vous l'arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu'elle soit, de l'avoir portée jusqu'ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu'aux reins. Non, ce n'est pas seulement l'heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c'est déjà l'âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d'atteindre les quarante-cinq ans. Vos yeux sont mal ouverts, comme voilés de fumée légère, vos paupières sensibles et mal lubrifiées, vos tempes crispées, à la peau tendue et comme raidie en plis minces, vos cheveux qui se clairsèment et grisonnent, insensiblement pour autrui mais non pour vous, pour Henriette et pour Cécile, ni même pour les enfants désormais, sont un peu hérissés et tout votre corps à l'intérieur de vos habits qui le gênent, le serrent et lui pèsent, est comme baigné, dans son réveil imparfait, d'une eau agitée et gazeuse pleine d'animalcules en suspension. Si vous êtes entré dans ce compartiment, c'est que le coin couloir face à la marche à votre gauche est libre, cette place même que vous auriez fait demandé par Marnal comme à l'habitude s'il avait été encore temps de retenir, mais non que vous auriez demandé vous-même par téléphone, car il ne fallait pas que quelqu'un sût chez Scabelli que c'était vers Rome que vous vous échappiez pour ces quelques jours. Un homme à votre droite, son visage à la hauteur de votre coude, assis en face de cette place où vous allez vous installer pour ce voyage, un peu plus jeune que vous, quarante ans tout au plus, plus grand que vous, pâle, aux cheveux plus gris que les vôtres, aux yeux clignotants derrière des verres très grossissants, aux mains longues et agitées, aux ongles rongés et brunis de tabac, aux doigts qui se croisent et se décroisent nerveusement dans l'impatience du départ, selon toute vraisemblance le possesseur de cette serviette noire bourrée de dossiers dont vous apercevez quelques coins colorés qui s'insinuent par une couture défaite, et de livres sans doute ennuyeux, reliés, au-dessus de lui comme un emblème, comme une légende qui n'en est pas moins explicative, ou énigmatique, pour être une chose, une possession et non un mot, posée sur le filet de métal aux trous carrés, et appuyée sur la paroi du corridor, cet homme vous dévisage, agacé par votre immobilité, debout, ses pieds gênés par vos pieds."    

C'est l'incipit de La Modification de Michel Butor sur lequel j'ai beaucoup travaillé et qui est fréquemment utilisé lors d'ateliers d'écriture pour la minutie descriptive au scalpel et l'implication du lecteur dans le processus d'écriture.... Michel Butor est décédé hier, à l'âge de 89 ans.

L'article ci-dessus a été publié sur Google en privé mais son auteur m'a autorisé à le reproduire ici.


dimanche 21 février 2016

Les bibliothèques d'Umberto Eco



Umberto Eco avait réuni près de 35 000 livres dans son appartement de Milan, mais en possédait 50 000 au total, éparpillés à la campagne, à Bologne et à Paris, avait-il confié au Figaro Magazine en 2011. 
Il vivait donc entouré d'ouvrages, dans lesquels il puisait sa culture et ses sujets de prédilection pour ses romans. Il savait exactement où se trouvaient tous les livres dans sa bibliothèque et il avait sélectionné quelques-uns des plus beaux manuscrits en sa possession pour donner une allure encore plus littéraire à son salon, en les protégeant sous des vitrines de verre. 
Il tenait son goût pour les livres de sa grand-mère maternelle. C'était une lectrice furieuse selon lui. Elle allait très souvent emprunter des livres à la bibliothèque, sans préférence. Grâce à elle, Umberto Eco a lu Le Père Goriot à douze ans, par exemple. Son grand-père paternel, qui est mort quand il avait six ans, était typographe. Lors de sa retraite, il s'était mis à relier les livres que les gens lui confiaient. À sa mort, personne n'avait réclamé les livres sur lesquels il travaillait parce qu'ils n'avaient pas grande valeur. Ils ont fini dans une caisse chez les parents du jeune Umberto qui a passé des années à détruire ce trésor à force de lire et relire Les Trois Mousquetaires, des romans pour demoiselles et beaucoup d'autres. 
Umberto Eco allait chaque mois à la grande foire de vieux livres de Milan et rachetait les lectures de son passé. Il se disait proustien, trouvant le sens de la vie dans les souvenirs de l'enfance, essentiellement les livres.

mardi 9 février 2016

Des histoires qui s'achèvent




Juliette Benzoni, auteur de romans historiques, est morte ce week-end. Née en 1920, elle commença dans l'écriture comme journaliste (notamment pour la revue Historia) avant de se lancer dans le roman historique au début des années 1960 avec la série des Catherine, une saga composée de six romans se déroulant durant la Guerre de Cent ans.
Elle poursuivra dans cette veine avec plus de 80 romans se déroulant principalement au temps de la Renaissance italienne, des croisades, ou de la guerre de Cent Ans. Si ses romans mêlaient les histoires d’amour à la grande histoire, très rigoureuse, la romancière s’appuyait sur des recherches historiques poussées pour écrire ses intrigues.
Traduite dans une vingtaine de langues, Juliette Benzoni a vendu plus de 300 millions de livres. Plusieurs de ces romans ont été adaptés pour la télé ou le cinéma.
J'ai découvert cet auteur par ma grand-mère et madame Benzoni a su plusieurs fois me transporter par ses livres dans ces époques que j'ai étudiées par la suite.

dimanche 26 février 2012

Les derniers jours de Stefan Zweig



Le 22 février 1942, Stefan Zweig et sa compagne Charlotte Elisabeth Altmann se suicidaient au Brésil, à Pétropolis.
Au moment où je lis la bande dessinée "Les derniers jours de Stefan Zweig" portée par les magnifiques dessins de Sorel, l'émission de radio "La marche de l'histoire" consacre une émission à l'écrivain et à son idéal de Mitteleuropa.

la lecture de la bande dessinée m'a donné envie de me procurer les essais de Stefan Zweig, réunis en un volume au Livre de poche. la bande dessinée retrace la vie de l'écrivain depuis son arrivée au Brésil jusqu'à sa mort.La mise en image du désespoir de cet homme est sublime.

dimanche 28 février 2010

2010, année Gracq ?

L'un de mes auteurs favoris aurait eu 100 ans en juillet 2010... Et certains voudraient fêter cela si on en croit un billet de Pierre Assouline. Outre l'absurdité de fêter le "centenaire" d'un homme mort en décembre 2007, j'y vois surtout l'occasion d'utiliser l'image d'un homme qui s'est toujours voulu discret et à l'écart du monde, y compris littéraire.
Le seul intérêt que j'y vois est la parution probable d'ouvrages sur Gracq. Quoique s'ils sont de la qualité du livre de Jean de Malestroit, je m'en passerais volontiers.

lundi 12 janvier 2009

Un hommage à Claude Berri

Pierre Assouline a publié sur son blog un hommage à Claude Berri, son ami. Un acte difficile que de parler publiquement d’un mort proche.
C’est ce que j’appelle un texte pudique et magnifique. Avec toujours cette faculté de donner envie de lire, même dans les pires moments.

mardi 6 mai 2008

La mort d'un auteur boulimique

J’apprends aujourd’hui, par la lecture du blog La République des livres, la mort de Frédéric H. Fajardie, un très prolifique auteur de romans policiers et historiques, balayé par le cancer.

Avec plus de 300 titres à son actif, cet auteur multiforme à donner vie à des personnages attachants quoique légèrement stéréotypés.


Son premier roman, Tueurs de flics, est l’occasion de lancer un personnage récurent en la personne du commissaire Antonio Corrado Padovani qui poursuivra sa carrière dans 5 autres romans.

J’ai parlé de Fajardie sur ce blog au sujet des Foulards rouges et du Voleur de vents, romans « historiques » retraçant la saga des comtes de Nissac.

dimanche 23 décembre 2007

Julien Gracq et l'ultime rivage

L’écrivain Julien Gracq, que j’avais redécouvert il y a peu, est mort samedi après une vie littéraire d’exception, loin des honneurs et de la vie parisienne.

Agrégé d’histoire et de géographie, il écrivit une partie de son œuvre tout en enseignant dans des lycées à Quimper, Nantes, Amiens et Paris. En 1938, il présente le manuscrit de Au château d’Argol à l’éditeur et libraire José Corti, à qui il restera fidèle durant toute sa vie.

De lui, il faut bien sûr lire Le rivage des Syrtes, mais aussi le pamphlet La littérature à l'estomac (1950), où il stigmatise les mœurs littéraires et le roman Un balcon en forêt (1958).

Enfin, je me suis plongé avec bonheur dans ses carnets que sont En lisant en écrivant et Lettrines.

jeudi 20 décembre 2007

La mort de l'éditeur français de Tolkien


Le 20 décembre, on apprend le décès de Christian Bourgois.

Pour beaucoup, il est celui qui a fait découvrir aux Français la littérature étrangère. En 1962, il prend la direction des éditions Julliard, rachetées ensuite par les Presses de la Cité. A la tête de ces dernières, il devient l'un des plus grands éditeurs français. Il y dirige, pendant une vingtaine d'années, Julliard, Plon ou encore Perrin.

A partir de 1968, il fonde la fameuse collection de poche "10/18", où cohabitèrent, dans les années 1970, toutes les formes de la pensée contemporaine.

En 1966, en étroite association avec l’écrivain et éditeur Dominique de Roux, il fonde sa propre maison d'édition: Christian Bourgois Editeur, qui construisît sa réputation sur l'étranger. Il en resta jusqu'au bout l'unique directeur littéraire. C’est dans cette maison qu’il publia la première traduction française des œuvres de Tolkien en 1969.

Merci Monsieur Bourgois, vous manquerez aux livres.