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dimanche 25 décembre 2016

Des revues et des livres à propos de Julien Gracq








La découverte de la revue 303 consacrée à Gracq m'a fait en rechercher d'autres, que je me suis fait offrir  pour noël. J'avais déjà deux Magazine littéraire avec un dossier sur lui, ainsi que le numéro des Cahiers de l'Herne.




S'ajoute à cela deux livres sur Gracq que je suis impatient de lire.








lundi 19 décembre 2016

Les lectures de François Mitterrand

L'INA propose deux émissions littéraires des années 70, consacrées aux lectures de François Mitterrand. Nous les avons regardées toutes les deux et, malgré une image de piètre qualité, ce fut à chaque fois un bon moment. 
Bernard Pivot a reçu François Mitterrand, qui inaugura une nouvelle formule de l'émission, la présentation de ses propres lectures, en février 1975.
L'émission littéraire mensuelle de Michel Polac (Bibliothèque de poche) a rendu visite à François Mitterrand dans sa bibliothèque en juin 1970, pour parler de ses lectures marquantes.
Entendre Mitterrand parlé de ses lectures est un plaisir et il me semble que c'est dans ces moments là que le réservé et discret homme politique se dévoile : ses yeux s'illuminent, ainsi que son visage.

Ces émissions suscite aussi de la nostalgie, évidemment : nostalgie pour une télévision de qualité, qui prenait le temps et ne prenait pas son public pour des imbéciles mais aussi nostalgie pour une classe politique cultivée, qui savait parler correctement.

François Mitterrand n'évoque pas Julien Gracq lors de ces émissions, mais il aimait lire Gracq et passait souvent à la librairie Corti. Je sais que, devenu président de la république, il a voulu l'inviter trois fois à l'Elysée mais que l'écrivain, qui ne l'appréciait pas, a décliné à chaque fois l'invitation. J'en éprouve du regret tant ces deux hommes auraient eu, selon moi, des choses à se dire, à propos de la littérature.

vendredi 16 décembre 2016

Un magnifique cadeau



Merci Barbara pour cette sublime revue consacrée à Julien Gracq ! Il m'a été très difficile d'en arrêter la lecture après la pause méridienne pour assurer les trois dernières heures cours de l'année 2016...
J'ai découvert que cette revue avait déjà fait tout un numéro sur Gracq en 1986, que je vais me procurer de ce pas, même s'il semble moins riche que celui - ci. Et pour aller avec, sans doute ce numéro de la revue Givre, également.





jeudi 15 décembre 2016

Quatre extraits de Julien Gracq

Ils proviennent d'une émission de France Culture, intitulée Morceaux choisis.
Une évocation de Nantes dans Lettrines.
    Un poème en prose de Liberté Grande.
    Un chapitre du roman Un balcon en forêt.
    La découverte du volcan surplombant Rhages dans Le rivage des Syrtes.
    Et enfin, le prologue de Un beau ténébreux.  

dimanche 11 décembre 2016

Julien Gracq professeur



En 1928, Louis Poirier, plus connu sous son pseudonyme de Julien Gracq, a été reçu au baccalauréat avec mention Très bien. Admis en classe préparatoire au Lycée Henri IV à Paris, il suivit les cours de philosophie d'Alain. En 1930, Louis Poirier fut admis à l'École normale supérieure et suivait en parallèle des cours à l'École libre des sciences politiques (il en sortit diplômé en 1933). 
Choisissant d'étudier la géographie, en hommage à Jules Verne, dira-t-il par la suite, il fut l'un des élèves d'Emmanuel de Martonne et d'Albert Demangeon, deux grands géographes. En 1934, Louis Poirier publia son premier texte, un article en partie issu d'un mémoire universitaire, "Bocage et plaine dans le sud de l'Anjou", qui parut dans les Annales de géographie. La même année, il fut reçu à l'agrégation d'histoire et géographie, et affecté, d'abord à Nantes, au lycée Clemenceau où il avait été élève, puis à Quimper. 
Mobilisé lors de la drôle de guerre et la défaite, il fut fait prisonnier dans un stalag par les Allemands et libéré en 1941 suite à une infection pulmonaire. Julien Gracq reprit alors ses activités d'enseignement, au lycée d'Angers d'abord, puis, à partir de 1942, à l'université de Caen en qualité d'assistant de géographie, où il entama une thèse sur la morphologie de la Basse-Bretagne, qu'il n'acheva cependant pas. 
En 1946, Louis Poirier quitta l'université de Caen. Il fut nommé l'année suivante au lycée Claude-Bernard de Paris, où il enseigna l'histoire-géographie jusqu'à sa retraite en 1970. 

Voici des extrait d'un entretien donné par Julien Gracq en 1995, à propos de l'un de ces ancien élève, devenu écrivain. 
 "Vous avez écrit de Jean-René Huguenin : «Il avait été mon élève. Mais d'un élève on ne sait rien.» Gardez-vous quand même un souvenir précis de l'adolescent Huguenin, et du groupe qu'il pouvait former autour de lui ? 
 Julien Gracq : "J'ai eu Huguenin comme élève en troisième, puis dans une classe de terminale. Il est certain - surtout en histoire - qu'on n'a pas des rapports directs, très fournis, avec les élèves; on ne les a que trois heures par semaine, cela reste un peu anonyme. Mais j'ai un souvenir assez net de Huguenin, et surtout d'une espèce de remous qui se promenait autour de lui dans la classe. 
Une classe, ce n'est pas seulement quarante élèves et autant d'individualités : c'est aussi des agrégats. On perçoit cela très vaguement du bureau où on parle, mais on voit bien, à l'entrée, à la sortie, qu'il y a des attractions qui se produisent, des petits groupes qui se forment, par affinités ou hostilités... 
Et visiblement, Huguenin était le centre d'un de ces groupes. Il y avait là surtout Renaud Matignon, qui a dû le suivre dans toute sa scolarité - en ce qui concerne Jean-Edern Hallier, je ne suis pas sûr de l'avoir eu comme élève, quoi qu'il le dise... - et puis quelques autres. 
Huguenin n'était pas un élève particulièrement brillant; c'était un bon élève, travailleur, dont je crois qu'il ne portait pas un intérêt spécial par ailleurs à l'histoire et à la géographie... Mais il avait une physionomie, je me rappelle très bien qu'il tranchait sur les autres - d'abord, par une espèce d'aisance physique, et puis par un certain détachement coupant. C'était une personnalité, qui devait en imposer à ce groupe. Voilà l'idée qu'il m'a laissée de lui au lycée. 
(...) 
Je repense à ce sujet au lycée Claude-Bernard, où je l'ai eu comme élève: la première année où j'y ai enseigné, j'avais une sixième, que je n'ai pas gardée ensuite; j'ai eu des troisièmes, des terminales... Chaque classe avait son étage, son couloir. Et à l'interclasse, quand les élèves de sixième sortaient, c'était une véritable danse de Saint-Gui, ils remuaient bras et jambes de tous les côtés! 
Chez ceux de cinquième et de quatrième, cela diminuait - pour en arriver à ceux de terminale, qui, à côté, étaient presque des petits vieux: il n'y avait pas de bruit, ils parlaient tout doucement, ils hochaient la tête avec sagacité... C'est incroyable combien cela va vite, combien, entre onze et dix-sept ans, la vitalité cesse de s'extérioriser! C'est comme un feu qui pétille, et puis après... ce sont des braises.

Voici maintenant ce que l'élève, devenu écrivain, disait de son professeur : "Cette voix ouatée, secrète, qui chuchote la fin de ses phrases est celle de mon ancien professeur d’histoire au lycée Claude-Bernard, Julien Gracq. A cette époque, ses élèves ne connaissaient pas ce nom. Nous ne savions rien de lui. Sa réserve nous intimidait. Il avait le sourire trop rare, le regard trop froid. Nous pressentions un mystère. Ce mystère qui avait inquiété une classe de première, passionna d’un seul coup le monde littéraire et son public.
Jean René Huguenin, Une autre jeunesse, Edition du Seuil, 1965. 

Alain Jaubert, un autre élève de monsieur Poirier au lycée Claude-Bernard, a raconté ses souvenirs de classe dans le Magazine Littéraire de décembre 1981 (merci Barbara !) : 
"Mais monsieur Poirier n'était que le prof d'histoire-géo et jamais il une nous parla de littérature. de petite taille, un visage sévère aux tempes rasées, les cheveux coupés "au bol",, souvent vêtu de costumes sombres, toujours cravaté, l'énigmatique personnage impressionnait suffisamment pour n'avoir jamais besoin d'élever la voix. Je crois bien que toute sa carrière il ne connut aucun chahut. On ne le voyait jamais traîner dans les couloirs ni dans la cour de récréation comme ces professeurs un pu trop familier qui recherchaient la camaraderie de leurs élèves. Il surgissait de nulle part, à l'heure précise, accrochait son manteau, montait sur l'estrade s'asseyait devant son pupitre où il étalait, toujours de la même façon, ses carnets, un stylo, sa montre aussi je crois. Il ne souriait jamais. Au début du cours, il demandait le cahier de classe,, faisait rapidement l'appel, convoquait successivement au tableau trois ou quatre élèves qu'il interrogeait, puis, d'une voix monocorde, reprenait son cours exactement là où il l'avait arrêté à la fin de l'heure précédente. 
les évènements historiques que nous vivions alors - Budapest la guerre d'Algérie le 13 mai 1958 - et qui nous agitait tant,ne provoquait chez lui pas lem oindre commentaire. Et, de toute façon, même s'il improvisait pour nous à partir de ses notes un cours bien à lui, distinct du livre officiel il ne débordait jamais du programme. Il ne dépassait pas non plus l'heure qui lui était impartie. Précis, méticuleux, il s'arrangeait pour que son discours s'achève à la seconde même où se déclenchait les sonneries. Il refermait alors ses carnets, remettait son stylo dans sa poche enfilait son manteau et repartait exactement comme il était venu, sévère, songeur discret. 
A cette discrétion extrême il fit une fois une entorse. Au moment où il traitait de la puissance économique des Etats - Unis, il évoqua soudain un récent voyage à travers le continent nord-américain. Et pour nous décrire à la fois le gaspillage à l'américaine le sens du travail et le mythe du "self made man", (...). Ce souvenir de voyage, c'était comme une obscène confidence sur sa vie privée. 
(...) 
Un soir tard,, comme j'arrivai à la Cinémathèque, rue d'Ulm,où, à la dernière séance on projetait l'Age d'or je tombai sur Gracq. Il me vit, parut surpris et même gêné de rencontrer un de ses élèves à une heure si tardive et dans ce lieu insolite.Il ne dit rien. Et moi, je fis semblant de ne pas le voir.
Le lendemain, au début du cours d'histoire,, il m'appelait, ce qu'il n'avait encore jamais fait, et m'interrogea sur la politique de Guillaume II. Je n'avais pas même jeté un coup d'oeil sur mes notes de cours ni sur le Mallet-Isaac et je ne savais donc rien du dernier des Hohenzollern. Aucun des noms que monsieur Poirier me jeta comme autant de bouées de sauvetage - Hohenlohe, Bülow, Bethmann - Hollweg - n'ayant déclenché en moi la moindre étincelle, il me fit une remarque cinglante sur mon manque de travail, et le masque encore plus sévère que d'habitude, me renvoya à ma place.
Je crois bien qu'il avait voulu me signifier par là qu'il n'était que le professeur d'histoire et rien d'autre."

samedi 30 juillet 2016

Un autographe de Gracq



Voici un autographe de Julien Gracq, illustré d'une photo du bord de Loire, près du Grenier à sel. C'est d'ailleurs autant pour l'écriture que pour la photo que j'en ai fait l'acquisition.

samedi 23 juillet 2016

Fulgurances de Julien Gracq

C'est exactement pour cela que j'aime autant cet auteur. Il dit précisément ce qu'il faut, comme en témoigne ces extraits d'un entretien donné à Jean Carrière vers 1986.

"Je ne crois pas aux arrières - monde poétiques, je ne crois pas au "fuir là-bas, fuir !..." de Mallarmé, ni à cette idée de l'évasion par l'art qui sous-temps tout le romantisme français. Et qui s'exprime encore ouvertement à travers Baudelaire. Je me sens beaucoup plus d'accord avec la conception unitive qui me semble être celle de Novalis : le monde est un, tout est en lui ; de la vie banale aux sommets de l'art, il n'y a pas de rupture, mais épanouissement  magique, qui tient à une inversion intime de l'attention, à une manière tout autre, tout autrement orientée, infiniment plus riche en harmoniques, d'écouter et de regarder. Ce qui fait que la littérature (j'ai envie de dire plutôt : la poésie) est à prendre en effet extrêmement au sérieux, et à prendre au sérieux sans tristesse aucune, à cause de son immense, et quotidienne, capacité de métamorphose et d'enrichissement. Mais à une condition : ne pas confondre, si souhaitable que cela puisse paraître, les deux manière de regarder; savoir que l'expérience poétique, qui est une expérience vraie, et complète, n'est pas utilisable, n'est pas transposable directement dans l'univers pratique."
(...)
"Il y a dans l'enseignement secondaire français une discipline traditionnellement bifide qu'on a souvent moquée, comme une sorte de fourre-tout mal constitué, et qui s'appelle Histoire -et- Géographie (avec des tirets). J'ai assisté en son temps aux efforts, finalement victorieux, que déployait Emmanuel de Martonne pour les disjoindre, et pour faire créer une agrégation spécifique de géographie. Elle a été créé, mais elle n'a rien changé ; les mêmes maîtres, dont j'ai été, continuent à enseigner - toujours avec des tirets - l'histoire-et-géographie.
C'est qu'il y a là en réalité une jointure solide, un continuum de nature en grande partie imaginative (même si l'une est susceptible de vérifications successives, histoire et géographie, à chaque moment, n'ont d'existence l'une et l'autre que dans l'imagination).Capable de résister à la dissection. Avant, bien longtemps avant de l'enseigner, dès mes années de lycée, le continuum Histoire-et-Géographie a été pour moi une réalité familière, une référence spontanée : c'est la forme concrète que revêtent pour moi spontanément l'espace et le temps, c'est le canevas unifié continu sur lequel se projettent pour moi d'eux-mêmes aussi bien les évènements que mentionnent le journal que les fictions que j'imagine."

vendredi 12 février 2016

Tu m'as mis au péril de la mer



J'ai (enfin) lu Prose pour l'étrangère de Julien Gracq, une amie ayant résolu mon dilemme et offert le premier tome des oeuvres complètes en Pléiade.
Il s'agit d'un texte très court, dans le ton du recueil Liberté Grande. C'est dans sa poésie que Julien Gracq m'apparaît comme surréaliste, et ce n'est pas ce que je préfère chez lui.
J'en retiens toutefois ce beau passage que je dédicace à ma femme :
"A chaque heure, à chaque minute, ta vie alerte ma vie comme une cloche fondue dans le matin qui fait bondir le jour plus clair et traverse le coeur du pressentiment d'une grande fête."


Notes de lecture

Je m'interroge sur ma façon de lire. Après plusieurs semaines passées sans ouvrir un seul livre, mais les laissant s'amonceler au pied du lit, je viens d'en dévorer trois.
J'étais autrefois un lecteur régulier, enchaînant les livres mais l'irruption d'Internet dans mon espace culturel a fragmenté ma lecture.
Toujours est-il que je viens de terminer Littérature vagabonde de Jérôme Garcin, Relire, enquête sur une passion littéraire de Laure Murat et Le déjeuner des bords de Loire de Philippe Le Guillou.
Du premier, j'ai attrapé une liste de livres ou d'auteurs à lire : Georges Perros, Jean - Louis Bory, Jacques Chessex, François - Régis Bastide et Pierre Béarn.
Le second m'a fait réfléchir sur mes relectures bien - sûr, mais aussi mes lectures : je lis peu d'auteurs femmes, mais je ne semble pas être très original en cela selon l'enquête de Laure Murat. Ma lecture semble plutôt être  celle des gens du Moyen - Age si j'en crois Barthes, que je n'apprécie pas à cause de son jargon inutile selon moi (ressemblant en cela à Julien Gracq d'après Phillipe Le Guillou) :
"Ce que Barthes appelle la "lecture éphémère" ou la "lecture sans retour", désignant ces livres qu'on ne lit qu'une fois, qu'on traverse comme le train un paysage où l'on ne reviendra plus, serait lié à la naissance du capitalisme. Elle relèverait d'une "idéologie de la consommation", d'une "phénoménologie de la dévoration", qui aurait été impensable sous l'Antiquité ou au Moyen - Age, époques de l'éternel retour au texte et à la glose".
De l'enquête de Laure Murat, je garde aussi l'envie de relire une nouvelle fois Bouvard et Pécuchet !
Enfin, le petit livre de Philippe Le Guillou m'emplit de nostalgie. Celle d'abord d'avoir (re)découvert Julien Gracq trop tard pour oser lui dire mon émotion et mon respect face à son oeuvre. L'autre ensuite pour ce sentiment d'une époque disparue qui me fait parfois ne pas me sentir à ma place dans l'époque où nous sommes. Le déjeuner des bords de Loire me donne enfin de nouveau l'envie de m'arrêter à Saint Florent - le - Vieil bientôt, pour hanter les pas de Julien Gracq.

vendredi 7 août 2015

Les bibliothèque de la maison de Gracq

On peut parcourir plusieurs bibliothèques dans la maison de Julien Gracq, dont deux m'intéressent tout particulièrement. 
D'abord la bibliothèque de Louis Poirier, constituée des livres trouvés dans la maison au moment du legs et qui n'ont pas été vendu aux enchères. J'ai toujours pensé que parcourir la bibliothèque des gens permettait de les connaitre.
Egalement la bibliothèque des grands lecteurs qui est le fruit d’une commande passée à des écrivains de langue française et aux artistes francophones, connus ou non. Chacun s'est vu poser la question : quels sont les livres que vous souhaiteriez trouver dans la Maison Julien Gracq ? (De 5 à 10 livres). Ainsi les rayonnages de cette bibliothèque sont constitués de la bibliothèque idéale d’écrivains et d’artistes, 80 ayant répondu à ce jour. Chaque linéaire de livres pouvant être par la suite modifié par son « auteur ».
Enfin, la Chambre des cartes du Grenier à sel qui présente jusqu'au 28 août des aquarelles, cartes et paysages imaginaires sur écorces de bouleau réalisés par Emmanuel Ruben.

oeuvre d'Emmanuel Ruben

"En cet empire, l’Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques. 
Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Lib. IV, Cap. XIV, Lerida, 1658."
Jorge Luis Borges, L’auteur et autres textes. El hacedor, édition bilingue, trad. Roger Caillois, Gallimard, 1982, p.198

Dilemme




En 1952, Julien Gracq a publié Prose pour l'étrangère, une oeuvre poétique. Malheureusement, il n'y a eu que 63 exemplaires hors commerce de cette oeuvre. Elle semble avoir été publiée au Japon dans une édition bilingue, mais sans certitude. Enfin, on peut la lire dans le tome I des oeuvres complètes de la Pléiade. 
Mon problème : les exemplaires hors-commerce en vente sont rares et s'échangent autour de 4000 euros... La possible édition japonaise est rare également et se trouve pour 200 euros. Reste le volume de la Pléiade, pour 70 euros, mais je possède déjà toutes les autres oeuvres qu'il contient !

jeudi 6 août 2015

J'ai très envie d'y aller



"Il y a deux catégories d'écrivains en ce qui concerne les impressions visuelles : il y a ceux qui sont myope et ceux qui sont presbytes, en effet. Il y a des gens qui décrivent et qui voient surtout le lointain, c'est sûr ; et d'autres qui voient les petits objets, menus. Il est certains que si j'ai à me promener, si j'ai le choix, je prends un chemin de crête, plutôt, pour avoir des vues. Oui, c'est instinctif." Julien Gracq

mardi 4 août 2015

Le roman comme exploration

Voici ce qu'écrit Jacques Abeille à propos de son oeuvre Les jardins statuaires dans la postface des Mers perdues, écrit en collaboration avec François Schuiten.

"Il y a une quinzaine d'année, passant sur une route de campagne, je vis un paysan qui grattait la terre et je me représentai tout à coup un monde où poussaient non des courges mais des statues. Je garde le souvenir de l'éclatante blancheur du marbre en moi vibrant. En ce moment me fut donné une manière de conte philosophique, une métaphore de la création artistique avec son avers de soins patients à une croissance que tout menace, et son revers, le bourgeonnement fou et la mort du créateur écrasé sous son oeuvre.
Je menais une vie sans loisir et des années passèrent sans me laisser l'occasion de tracer la plus modeste ébauche. Puis j'étais dans une chambre d'hôtel et je voyais ma vie que je rompais en faveur de l'avenir. J'étais seul et des pensées me menaçaient. Je pris un cahier et me mis à écrire ce conte dont l'idée me revenait dans mon désoeuvrement. Je croyais en faire le tour en quelques pages. Ma minutie m'entraîna, et enfin un obscur désir de réalité. Je ne veux pas dire qu'il m'importait de rendre vraisemblables des fantaisies, mais qu'il y avait dans le monde que je découvrais trop de richesse pour qu'il consente à la fade transparence d'une allégorie; je cessai de vouloir ce que j'écrivais et laissai surgir des incongruités. Ainsi ce qui devait n'être que le divertissement d'un moment, fut le rêve de quelques mois. Le plus étrange était que cette chose exigeait son temps propre et retardait sa clôture. Par exemple, si des filles hantent cette narration, c'est que deux enfants, Laurence et Stéphanie, vinrent jouer autour de la maison où j'écrivais, leurs rires montaient jusqu'à ma fenêtre; le roman happa ce reste diurne et s'en nourrit. Je cru avoir écris l'oeuvre d'un fou; l'ayant laissé quelques temps, je m'étonne d'une cohérence inattendue. C'est ainsi. Ecrivant, il arrive que l'on franchisse par mégarde une indécise et insoupçonnée frontière; ce dont on se croyait maître se met à exister de son propre poids et, tandis que l'auteur bascule dans une moindre existence, se dresse un être de parole que son élan porte au dehors. La publication est moins une ambition qu'un geste de bonne foi. Il me semble."

Ces propos me semblent parfaitement convenir à son oeuvre, ainsi qu'à celle de Tolkien et de Gracq. L'idée d'un univers découvert et révélé par l'écrivain, l'envahissant pour le dépasser progressivement me paraît juste en ce qui les concerne. Je crois que cela marche moins pour l'oeuvre de Borges, que je trouve plus maîtrisée, canalisée.

dimanche 14 juin 2015

La route




« L’étrange — l’inquiétante route ! le seul grand chemin que j’aie jamais suivi, dont le serpentement, quand bien même tout s’effacerait autour de lui de ses rencontres et de ses dangers — de ses taillis crépusculaires et de sa peur — creuserait encore sa trace dans ma mémoire comme un rai de diamant sur une vitre. On s’engageait dans celui-là comme on s’embarque sur la mer. À travers trois cents lieues de pays confus, courant seul, sans nœuds, sans attaches, un fil mince, étiré, blanchi de soleil, pourri de feuilles mortes, il déroule dans mon souvenir la traînée phosphorescente d’un sentier où le pied tâtonne entre les herbes par une nuit de lune, comme si, entre ses berges de nuit, je l’avais suivi d’un bout à l’autre à travers un interminable bois noir. »

Extrait de La route, de Julien Gracq, 1970, dans le recueil La presqu’île, José Corti, p. 9-10.


Entretien Gracq

Le livre abandonné dont parle Gracq dans cet entretien a été publié après sa mort sous le titre « Les terres du couchant« . On y retrouve ce passage dans les pages 75 à 93. Etrange de voir ce livre publié alors que de l’aveu même de son auteur, le moteur de la narration qui devait l’animer avait calé en route…

Entretien Gracq 2

Ce fragment intitulé La route est sans doute l’un des plus beaux textes que j’ai lu.

samedi 3 janvier 2015

Un nouveau Gracq !


J'ai acheté ce matin Les Terres du Couchant, un roman posthume de Julien Gracq qu'il avait commencé en 1953 mais interrompu pour écrire Un Balcon en forêt. Insatisfait de sa forme, il avait ensuite laissé de côté son manuscrit, enfermé dans une malle.
On peut évidemment s'interroger sur le bien fondé de publier une oeuvre inachevée d'un auteur tel que Julien Gracq, si méticuleux concernant ses écrits ; mais je dois avouer que la perspective de lire encore "un Gracq" me ravit.
L'action se déroule dans un autrefois mythique et médiéval, quelque part dans un Royaume constitué d’une capitale nommée Bréga-Vieil et d’un poste frontière fortifié dont les habitants attendent l’assaut de barbares. Le narrateur, un employé au cadastre, avec quelques compagnons de route, quitte sa terre pour cet espace en marge, inconnu, dépourvu de bornes, noyé dans un certain brouillard. Il prend la route, qui est le véritable objet de la première partie du roman.
Cette histoire n'est pas sans rappeler celle du Rivage des Syrtes, paru en 1951 ou bien La Route, récit inclue dans le recueil La Presqu'île paru en 1995.

Julien Gracq a laissé derrière lui 29 cahiers qu'il avait intitulés Notules, et qui contiennent des milliers de pages jamais publiées. Dans son testament, il avait précisé que ces cahiers ne pourraient être exploités (sauf par les chercheurs) que vingt ans après sa mort. Il faudra donc attendre 2027 pour lire d'autres oeuvres de Gracq, à moins que d'autres malles ne recèlent des trésors ! 

vendredi 17 mai 2013

Le cycle des Contrées de Jacques Abeille

Claire et ses parents m'ont m’offert le cycle des Contrée de Jacques Abeille, pour mon anniversaire. Cette série de romans est souvent décrite comme une oeuvre où Buzzati rencontre Tolkien, dans une langue mélodieuse et soignée comme celle de Julien Gracq. Des livres faits pour moi, donc !

Dans Les jardins statuaires, le narrateur, un voyageur sans nom aux allures d’explorateur, arrive dans le pays des jardins statuaires, où les statues poussent à même la terre et dont la culture a organisé toute une société. Le voyageur entreprend de découvrir, par ses visites des différents domaines statuaires et ses entretiens avec les autochtones, la civilisation des jardins statuaires, ses coutumes et ses rites, souvent fascinants mais aussi parfois exécrables.
J'ai été enthousiasmé par la première partie de l'ouvrage, relatant la découverte des jardins et de leurs us et coutumes. La seconde partie, consacrée aux steppes et  au déclin de la civilisation des jardins m'a moins convaincu. La langue de Jacques Abeille est précieuse, mais elle est moins "fluide" que celle de Gracq il me semble. Reste que son imaginaire est riche et intéressant.

Le deuxième roman, Le Veilleur du Jour, nous fait franchir la frontière ouest des jardins, pour une visite de la grande ville portuaire de Terrèbre, lieu central du monde. Le héros du roman, Barthélémy Lécriveur, arrive dans la mégalopole pour devenir marin et y trouve après quelques déboires un emploi de "veilleur de jour" dans un antique entrepôt pour le compte d’une société d’archéologues amateurs d’occultisme. Il doit se préparer à accueillir un héros qui doit venir dans ce monument. Après l’entrepôt aux allures de temple, l’un des personnages principaux du roman n’est autre que la ville elle-même, pleine du mystère de ses secrets millénaires, ses passages secrets et ses références au Tarot de Marseille.

Le tome 3 du cycle, appelé Les voyages du fils, nous fait suivre le voyage qu’entreprend le fils du héros du Veilleur du jour, Ludovic Lindien, pour revenir dans les lieux qui ont marqué la vie de son père, des forêts profondes des hautes brandes à Terrèbre. C’est l’occasion de faire connaissance avec les sociétés tribales de bûcherons et de charbonniers qui peuplent les forêts séparant Terrèbre des Jardins Statuaires.

Résultat des filatures de l’enquêteur Molavoine rencontré dans Le Veilleur du jour, Les chroniques scandaleuses de Terrèbre sont un recueil de sept textes érotiques, qui s’ils s’écartent largement du ton des tomes précédents, reprennent les lieux ( la boutique de l’antiquaire, le temple, l’auberge…), les situations et les personnages du second tome. Ces textes sont fictivement l’oeuvre de Léo Barthe, l’oncle de Ludovic Lindien et frère du veilleur de jour, auteur pornographe résidant à Terrèbre.

Les Barbares relate l’occupation de l’Empire de Terrèbre par les cavaliers des steppes qui ont déjà fait disparaitre la civilisation des Jardins Statuaires décrite dans le premier roman. Dans ce contexte troublé,un jeune linguiste terrebrin, connaisseur de la langue des steppes, se trouve enrôlé par le Prince des barbares, qui les a fédéré et mené dans la conquête. Mais le Prince l’a surtout recruté car il est le traducteur du manuscrit qui constitue le dernier témoignage des Jardins Statuaires, et qui est à la base du premier roman du cycle . Le prince veut obliger le jeune linguiste à l’aider dans la recherche de l’explorateur des Jardins, pour qui il semble éprouver une véritable obsession. Ainsi commence un prodigieux périple à travers l’ensemble des Contrées, et surtout à travers les ruines des Jardins Statuaires.

La Barbarie est la suite immédiate des Barbares. Le héros narrateur revient, après son périple à travers toutes les Contrées en compagnie des cavaliers des steppes, à sa ville natale de Terrèbre qui a bien changé durant son absence. A la barbarie des steppes succède celle de Terrèbre,  maîtresse d’un monde dont elle est en train d’éradiquer les anciennes cultures. Dans cette ville soumise au totalitarisme, le narrateur des Barbares et de La Barbarie rencontre le deuxième grand conteur des Contrées, Ludovic Lindien, narrateur des Voyages du Fils, des Carnets de l’explorateur perdu et compilateur du Veilleur du Jour.

Les Mers perdues, écrit en collaboration avec François Schuiten ne viennent ni en aval, ni en amont des autres romans. Il s’agit d’une oeuvre isolée relatant, sous forme épistolaire, une expédition au-delà des mers perdues. Les explorateurs sont un écrivain chargé du rapport, une jeune géologue, un guide (ancien aventurier) et un dessinateur. Débarquant sur une Terra Incognita, les explorateurs découvrent des statues démesurées qui jonchent un paysage urbain en ruine. La visite des ruines et l’absence de but à cette expédition (le milliardaire qui finance l’exploration n’a rien dévoilé au groupe) sera l’occasion pour eux de se déchirer mais aussi de se découvrir.

vendredi 27 mai 2011

Remontée acide

Je commence à lire "La littérature à l'estomac" de Gracq, un petit livre qui ne paye pas de mine dans son édition de 1951... Je me doutais que son propos doit encore être d'actualité, mais je ne savais pas à quel point !
"La France, qui s'est si longtemps méfiée du billet de banque, est en littérature le pays d'élection des valeurs fiduciaires. Le Français qui se figure malaisément ses leaders politiques sous un autre aspect que la rangée de tête d'un jeu de massacre, (tiens, il faudra que j'écrive un billet sur La politique telle qu'elle meurt de ne pas être que je viens de terminer) croit les yeux fermés, sur parole, à ses grands écrivains. (qui a dit BHL ?)

Un peu plus loin : "l sait qu'il y a toujours eu de grands écrivains, et qu'il y en aura toujours, comme il savait jusqu'à 1940 que l'armée française est invincible."

Un livre à savourer donc...

dimanche 15 mai 2011

Gracq toujours

Pierre Assouline évoque à son tour les Manuscrits de guerre de Julien Gracq dans un beau billet. J'aime particulièrement le passage sur Yves lacoste et le détournement de sa formule en "la géographie, ça sert aussi à faire la littérature".

jeudi 12 mai 2011

Promenade avec Gracq

Étrange livre que Les eaux étroites. On peut se demander de prime abord ce qui a poussé Gracq à vouloir le publier et les éditions Corti à accepter !
Ce petit volume raconte les souvenirs des promenades sur l'Evre faites par l'auteur, mêlant descriptions de paysage et réminiscence de lectures.
Quel intérêt sinon les mots de Gracq, si puissants et évocateurs pour moi ?

"Pourquoi le sentiment s'est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous des portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s'apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l'excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d'attache, à la clôture de la maison familière ?"

mercredi 4 mai 2011

Des écrivains en vidéo

J'ai déniché plusieurs entretiens donnés par mes écrivains préférés :






Julien GRACQ 'Entretien" par MELMOTH


Paul Auster sur Rue89 : l'interview intégrale par rue89