lundi 19 décembre 2016
Les lectures de François Mitterrand
vendredi 3 août 2007
La Très Grande Bibliothèque
Je profite d’un article du site du Monde.fr pour retracer ici l’historique de
Le 14 juillet 1988, au détour du traditionnel entretien qu'il donne le jour de
En 1988, il existe en effet une urgence à résoudre. La vénérable Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu est au bord de l'asphyxie. Son administrateur général, André Miquel, a jeté l'éponge en octobre 1987. Il a été remplacé par l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie, qui propose deux solutions pour désengorger son établissement : création d'une annexe ou déménagement total.
Au cours de l'été 1988, Patrice Cahart, président du conseil d'administration de
Un concours d'architecture est lancé en avril 1989. En août, le choix du jury - Emmanuel Le Roy Ladurie en est écarté - se porte sur un jeune architecte, Dominique Perrault. Il propose quatre grandes tours de verre, conçues pour recevoir 4 millions de volumes, en forme de "livres ouverts" autour d'un vaste jardin, en contrebas.
Comme on imagine mal le président de
Cette décision déclenche une tempête inattendue chez les chercheurs. Ainsi l'historien et journaliste Jacques Julliard publie-t-il dans Le Nouvel Observateur, une "Lettre ouverte" à François Mitterrand pour dénoncer la "catastrophique" césure. Il sera relayé par un autre historien, Pierre Nora, dans la revue Le Débat. Le paroxysme a lieu le 11 septembre 1989, lors d'un colloque organisé dans une petite salle de l'Opéra Bastille. L'historienne Elisabeth Badinter lance une formule qui va rester dans les esprits : "Je veux tous les livres à ma place, en un temps record."
Emile Biasini trouve la solution : on déménagera l'ensemble des imprimés à Tolbiac, soit 12 millions de volumes. Et il y aura deux bibliothèques : l'une pour les chercheurs, en bas, l'autre pour le grand public, en haut. L'architecte revoit donc ses plans.
Après la querelle du contenu, celle du contenant va naître. En mai 1990, Patrice Higonnet, un universitaire américain, évoque dans le Times Litterary Supplement la menace des livres enfermés dans les tours, lentement carbonisés par la lumière trop vive du soleil. Il est relayé par Marc Fumaroli dans Le Figaro. Dominique Perrault corrige sa copie : les deux tiers des livres iront à l'ombre dans le socle du bâtiment, le reste sera abrité par des volets de bois - au détriment de la transparence de l'édifice.
En août
La cohabitation de mars 1993 entraîne une enquête sur le bien-fondé de
Ce premier patron de
Dix ans de travaux pour 8 milliards de francs (1,219 milliard d'euros) : un chantier pharaonique ou « Louis Quatorzien » probablement voulu comme tel par François Mitterrand. Mais La révolution d’Internet est intervenu depuis. Depuis décembre 2004, le moteur de recherche américain Google propose une bibliothèque universelle et gratuite en ligne. Aujourd'hui, on peut s'interroger : n’aurait-il pas mieux fallu écouter Jacques Attali et parier dès le départ sur la numérisation des collections, qui vient d'être entamée ?
mardi 3 juillet 2007
Les bibliothèques de François Mitterrand
Sa vie durant, François Mitterrand n’a cessé de lire, d’écouter, de méditer, de dialoguer avec les écrivains vivants comme avec les écrivains du passé. L’ancien Président est célèbre pour son goût de l’écriture, pour ses lectures, mais aussi pour son amour du livre sous toutes ses formes : les éditions anciennes, les livres d’art et même les livres de poche.
Des nouveautés, il en recevait tous les jours, jusqu’à une centaine. Il prenait toujours le temps pour les trier et mettre de côté ceux qu’il allait au moins parcourir. Le Président se rendait aussi, régulièrement, dans des librairies parisiennes et provinciales : chez Gallimard boulevard Raspail, Julliard boulevard Saint- Germain ou José Corti rue de Médicis par exemple. Sans compter bien sûr de très nombreux marchands de livres anciens avec qui il dialoguait, comme le raconte Michel Charasse :
« On passait beaucoup de temps chez des antiquaires spécialisés dans les livres anciens, il y avait tout un réseau dans Paris (...). Et tous ces antiquaires lui envoyaient leur catalogue. Il téléphonait lui-même, en marchandant aussi. Des fois, en sortant du restaurant, on faisait un saut chez un libraire, il prenait sa commande. (...). Et il fouinait un peu, posait des questions. »
Après acquisition, le livre intégrait la bibliothèque présidentielle... Il serait plus juste de dire « les bibliothèques ». On peut distinguer trois sites : Latche, la rue de Bièvre et l’Élysée.
À Latche, François Mitterrand entreposait notamment la collection complète du Livre de Poche, ainsi que de nombreuses éditions Pléiade de ses auteurs favoris.
Après l’élection de 1981, la rue de Bièvre était réservée aux vieux livres et aux livres favoris. L’accès à ces deux bibliothèques « intimes » était réservé aux proches.
L’un d’eux, Jean Glavany, les décrit ainsi : « Rue de Bièvre (j’ai connu François Mitterrand début 1979) il m’avait convoqué, dans son petit “poulailler”, son bureau sous les combles, envahi par les livres, posés à même le sol, etc. ; il vivait parmi les livres, une invasion permanente. Il a décidé assez vite de faire descendre des centaines et des milliers de livres à Latche, dont des poches, des livres qui n’avaient pas grande valeur, pour lesquels il a construit deux chalets de bois mis sous les pins, pour le stockage. Et ensuite à Paris, dans les dernières années, il a fait construire une bibliothèque par un de mes amis personnels. »
Dans ces bibliothèques, le classement était l’affaire du Président. Son épouse raconte que, jusqu’à la fin de sa vie, il rédigeait lui même de petites fiches cartonnées pour ses ouvrages préférés.
De l’autre côté, la bibliothèque « officielle » de l’Élysée accueillait les « beaux livres » et les services de presse. Cette pièce du palais présidentiel était un véritable musée du livre, composé par le designer Philippe Starck : « Des sièges spartiates, une table, des rayonnages bas pour les livres que le Président a apportés : les Mémoires de Saint- Simon, tout Racine et tout Cicéron, notamment. Des rayonnages pour les livres et une cheminée. Paisibles, les tons des murs, des meubles, du bois blanchi, du granit et de la pierre grattée. »
Enfin, il ne faudrait pas oublier
D’après des articles de l’Institut François Mitterrand.
Vous trouverez ici une vidéo de François Mitterrand à Latché, évoquant sa passion pour la lecture.
mercredi 16 mai 2007
Un homme passionnant !
Il y a peu de personnes qui en vous parlant, vous donne l’impression de devenir plus intelligent…. C’est l’impression que m’a faite Jacques Attali, que je viens de voir dans une émission de Public Sénat consacrée à l’élection présidentielle (Face à nous).
Cet homme qui a été un proche de François Mitterrand (son conseiller spécial de 1981 à 1990) est aussi un ami de Nicolas Sarkozy (depuis 25 ans, a-t-il rappelé).
Bardé de diplômes (Polytechnique, IEP, ENA, les mines), cet homme fait preuve d’une culture hors du commun et d’un sens de la formule impressionnant….
C’est un écrivain émérite, auteur de fictions et d’essais. Il s’est aussi engagé dans de nombreuses actions humanitaires (contre la faim dans le monde, les inondations au Bengladesh, pour développer la micro finance et pour favoriser le développement des pays de l’est de l’Europe).
J’ai lu la série des Verbatim, mais je pense que je vais les relire et me pencher sur ses autres œuvres.
dimanche 13 mai 2007
Puisqu'on reparle d'Hubert Védrine....
Je vous conseille de lire ceci.
Hubert Védrine, proche collaborateur de François Mitterrand pendant quatorze ans, conseiller diplomatique, porte-parole puis secrétaire général de l'Élysée, raconte et explique de l'intérieur comment le quatrième Président de la Ve République a affronté et traversé, durant ses deux septennats, les événements des années 1981-1995.
Il fait revivre la bataille des euromissiles, la « guerre des étoiles », le terrorisme, le conflit du Golfe, la réunification allemande, la paix au Proche-Orient, le drame yougoslave, et d’autres chapitres de cette histoire.
Et, surtout, le passage d'un monde à l'autre, de la compétition Est/Ouest à l'effondrement de l'URSS et au triomphe de l'économie globale de marché.
Dans les pas de Hubert Védrine, témoin de premier plan ou acteur, on suit la réflexion et la confrontation des grands décideurs de notre époque, on comprend le cheminement de leur pensée, leurs dilemmes, leurs oppositions, leurs convergences. On voit fonctionner les lieux et modes de pouvoir : sommets des Sept, conseils européens, déplacements présidentiels, conseils des ministres, conseils de défense, rencontres en tête-à-tête... On voit progresser l'interdépendance entre les États et les économies, le poids des médias.
Livre de référence passionnant, précis, documenté, rigoureux, l'ouvrage de Hubert Védrine est la chronique politique et diplomatique d'une décennie et demie qui a vu basculer dans le passé le monde issu de 1945 et commencer celui où nous vivons aujourd'hui.
Pour ma part, je vais pour l’occasion lire « la suite » :