lundi 13 juillet 2015
Une belle moisson
84 Charing Cross Road
J'ai découvert avec plaisir le film 84 Charing Cross Road avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il était tiré d'une authentique correspondance échangée pendant vingt ans (de 1949 à 1969) entre Helene Hanff, écrivain new-yorkaise, et les employés de la librairie Mark & Co., spécialisée dans les titres épuisés.
Le dévouement et la délicatesse de Frank Doel, le premier et principal interlocuteur de mademoiselle Hanff, touchèrent cette femme pourtant exigeante, à la recherche de textes rares introuvables selon elle aux États-Unis ("Londres est bien plus près de mon bureau que la 17e Rue" écrivit-elle au libraire). Très vite, un ton chaleureux et intime s'installa entre les différents correspondants car le personnel de la petite librairie et les proches de Frank Doel participèrent aussi à cet échange épistolaire dont le sujet principal restait cependant l'amour des livres.
Le dévouement et la délicatesse de Frank Doel, le premier et principal interlocuteur de mademoiselle Hanff, touchèrent cette femme pourtant exigeante, à la recherche de textes rares introuvables selon elle aux États-Unis ("Londres est bien plus près de mon bureau que la 17e Rue" écrivit-elle au libraire). Très vite, un ton chaleureux et intime s'installa entre les différents correspondants car le personnel de la petite librairie et les proches de Frank Doel participèrent aussi à cet échange épistolaire dont le sujet principal restait cependant l'amour des livres.
Hélène Hanff a connu avec ce livre une certaine notoriété, sans bien en comprendre les raisons disait-elle, elle qui n'avait jamais rencontrer le succès littéraire jusque là.
Détail pittoresque, si la librairie d'occasion du 84 Charing Cross Road n'existe plus depuis les années 1970, il y en a une autre sise au 72 de la même rue !
lundi 6 juillet 2015
Nous pourrons bientôt lire dans la librairie de Montaigne !
Egyptologue et mathématicien de formation, Robert Vergnieux dirige Archéovision et met les technologies numériques les plus pointues au service des sciences humaines et de l'histoire.
L'un des derniers projets en cours est la reconstitution intégrale de la librairie de l'écrivain Montaigne qui se trouvait dans la petite tour ronde de son château à Saint-Michel-de-Montaigne. Il s'agit de restituer la bibliothèque de l'auteur des « Essais » telle qu'elle était du temps où il y passait son temps à lire, écrire et penser : c'est - à - dire aussi bien le lieu que les livres qui y étaient entreposés. Il s'agit d'un vaste projet de numérisation de son œuvre, entamé l'an dernier et qui permettra à terme de se promener virtuellement dans la bibliothèque, de cliquer sur un livre pour accéder à son contenu numérisé et lire ce que Montaigne lisait, c'est-à-dire au moins une centaine d'ouvrages.
Il a fallu également retrouver les maximes, que Montaigne avait fait graver sur les poutres et les solives du plafond de la bibliothèque, et leurs différentes versions (certaines se superposaient).
En croisant la description effectuée par Montaigne lui-même de sa librairie et les images restituées, les spécialistes discutent encore pour savoir combien d'étagères comptait la pièce et de quelle couleur était le plafond. Aux dernières nouvelles, le plafond aurait été blanc et il y aurait eu trois travées dont la troisième équipée de pupitres. Et comment le sait-on ? Parce que les simulations faites par Archéovision ont montré que la phrase d'hommage à La Boétie qui, d'après Alain Legros, surmontait le meuble, était trop longue pour tenir sur deux travées seulement.
dimanche 14 juin 2015
La route
« L’étrange — l’inquiétante route ! le seul grand chemin que j’aie jamais suivi, dont le serpentement, quand bien même tout s’effacerait autour de lui de ses rencontres et de ses dangers — de ses taillis crépusculaires et de sa peur — creuserait encore sa trace dans ma mémoire comme un rai de diamant sur une vitre. On s’engageait dans celui-là comme on s’embarque sur la mer. À travers trois cents lieues de pays confus, courant seul, sans nœuds, sans attaches, un fil mince, étiré, blanchi de soleil, pourri de feuilles mortes, il déroule dans mon souvenir la traînée phosphorescente d’un sentier où le pied tâtonne entre les herbes par une nuit de lune, comme si, entre ses berges de nuit, je l’avais suivi d’un bout à l’autre à travers un interminable bois noir. »
Extrait de La route, de Julien Gracq, 1970, dans le recueil La presqu’île, José Corti, p. 9-10.
Entretien Gracq
Le livre abandonné dont parle Gracq dans cet entretien a été publié après sa mort sous le titre « Les terres du couchant« . On y retrouve ce passage dans les pages 75 à 93. Etrange de voir ce livre publié alors que de l’aveu même de son auteur, le moteur de la narration qui devait l’animer avait calé en route…
Entretien Gracq 2
Ce fragment intitulé La route est sans doute l’un des plus beaux textes que j’ai lu.
lundi 5 janvier 2015
Les hommes de la liberté de Claude Manceron
Claude Manceron est l’auteur d’une oeuvre monumentale dont l’ambition était de retracer toute l’histoire de la Révolution française par des biographies croisées de ses principaux acteurs qu’ils soient illustres ou inconnus. Il n’a malheureusement pas pu aller au bout de ce projet et seuls les cinq premiers tomes, sur les dix prévus, sont parus avant sa mort.
Admirateur de Michelet, il s’est fait romancier de l’histoire pour raconter, entre 1973 et 1987, la période de l’histoire de France allant des vingt ans de Louis XVI en 1774 à l’année 1789.
J’ai découvert cet auteur en revoyant un numéro de l’émission Apostrophes de 1976 posant à plusieurs historiens la question « Pourquoi et pour qui faites – vous de l’histoire ? » et cela m’a donné envie de lire ses livres.
Ces cinq tomes s’accompagnent d’un album illustré contenant des biographies et des récits des principaux évènements de cette période.
samedi 3 janvier 2015
Un nouveau Gracq !
J'ai acheté ce matin Les Terres du Couchant, un roman posthume de Julien Gracq qu'il avait commencé en 1953 mais interrompu pour écrire Un Balcon en forêt. Insatisfait de sa forme, il avait ensuite laissé de côté son manuscrit, enfermé dans une malle.
On peut évidemment s'interroger sur le bien fondé de publier une oeuvre inachevée d'un auteur tel que Julien Gracq, si méticuleux concernant ses écrits ; mais je dois avouer que la perspective de lire encore "un Gracq" me ravit.
L'action se déroule dans un autrefois mythique et médiéval, quelque part dans un Royaume constitué d’une capitale nommée Bréga-Vieil et d’un poste frontière fortifié dont les habitants attendent l’assaut de barbares. Le narrateur, un employé au cadastre, avec quelques compagnons de route, quitte sa terre pour cet espace en marge, inconnu, dépourvu de bornes, noyé dans un certain brouillard. Il prend la route, qui est le véritable objet de la première partie du roman.
Cette histoire n'est pas sans rappeler celle du Rivage des Syrtes, paru en 1951 ou bien La Route, récit inclue dans le recueil La Presqu'île paru en 1995.
Julien Gracq a laissé derrière lui 29 cahiers qu'il avait intitulés Notules, et qui contiennent des milliers de pages jamais publiées. Dans son testament, il avait précisé que ces cahiers ne pourraient être exploités (sauf par les chercheurs) que vingt ans après sa mort. Il faudra donc attendre 2027 pour lire d'autres oeuvres de Gracq, à moins que d'autres malles ne recèlent des trésors !
mercredi 27 août 2014
Comment me mettre les nerfs en 140 pages
J’exagère. Il m’a fallu moins de 140 pages. Le comble, c’est que « Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne… » cherche à indiquer la voie de la sérénité ou de la sagesse, je ne sais pas trop.
Ce court roman d’Antoine Paje, édité chez Pocket, a plutôt de bonnes critiques, ici où là. Alors pourquoi n’ai-je pas du tout aimé ?
Ce roman laisse le narrateur se raconter, d’une façon parfois dérangeante : Paul est un homme égoïste et superficiel. Il réussit professionnellement, dans le sens où il a suffisamment d’argent pour pouvoir afficher des signes extérieurs de richesse. Il se présente comme incapable de ressentir quoi que ce soit de profond ou de tourné vers l’autre. C’est en cela que dès le début une impression de malaise m’a saisie : le narrateur passe son temps à nous dire : « regardez comme j’étais nul, oh le pauvre gars, qui n’a rien compris à la vie ; mais vous allez voir comme j’ai réussi à accéder à la sérénité, au vrai, au beau, comme maintenant je suis heureux, comme je me suis réalisé, comme le gros beauf s’est transformé en magnifique papillon qui cite des proverbes japonais et des extraits d’évangiles … »

Or, trop, c’est trop. Ici, le trop arrive très tôt dans le roman. J’ai pu observer chez mes enfants que lorsqu’ils disent trop quelque chose, c’est qu’ils pensent le contraire. C’est la même chose dans ce roman, selon moi : je n’ai pas pu y croire une seconde. Le narrateur n’a rien compris de particulier, n’a même pas vraiment changé entre le début et la fin. Il s’est juste inventé un nouveau costume, un nouveau rôle. C’est la méthode coué. Mais cela manque vraiment de pudeur, du coup. Et l’ensemble transpire la vanité :
« Surtout, comment pouvais-je lui dire qu’il n’était plus mon meilleur ami ? Je suis devenu mon meilleur ami. J’ai vécu si longtemps à côté de moi-même, sans doute parce que j’avais peur de ce que j’allais découvrir, avant de me rencontrer moi-même et d’aimer ce que j’étais devenu ».
Un autre hic : je n’ai pas aimé l’écriture. A chaque phrase se terminant par « grave », ma patience en a pris un coup. Exemple page 26 : « Euh, en fait… je peux dire que je m’emmerde grave.» S’ensuit un dialogue manquant considérablement d’authenticité. Grave, genre.
Enfin, les références « culturelles » picotent : Star Wars, le Japonais et sa brouette de sagesse, les grains de sable et les graviers, tout ça. Non, vraiment, l’intention de l’auteur est visiblement louable, le quatrième de couverture attirant, et j’aurais aimé aimer. Mais non.
Tout de même et pour finir sur une note positive, j’ai ri en lisant la page 96. C’est très rare, qu’un livre me fasse rire. Etait-ce l’effet du désarroi ? Je cite :
« Alors que nous parlions de choses et d’autres, redevenus étrangers dès notre station de bipèdes verticaux retrouvée, j’attrapai une des fraises du saladier en m’entendant dire :
- Un jour, j’aimerais bien faire un saut au Japon, au moment de la célébration du hanami, voir la floraison des sakura, les fleurs de cerisier, le culte du précieux éphémère.
- Hum… Je préfère les fraises. C’est chiant, les cerises, avec tous ces noyaux.
Interdit, je ne répondis rien, songeant qu’il s’agissait de la réflexion la plus conne que j’ai jamais entendue. »
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