mercredi 5 août 2015

Ecouter Jacques Abeille

J'ai parlé ici du cycle des Contrées de Jacques Abeille dont l'imaginaire et le style m'ont rappelé Julien Gracq (il semblerait d'ailleurs que celui-ci ayant lu un exemplaire du manuscrit des Jardins Statuaires ait tenté de le faire édité par les éditions Corti, mais le tapuscrit se serait perdu en route). Vous trouverez ici le lien vers une conférence donnée par Jacques Abeille à propos de son oeuvre et de son univers.


mardi 4 août 2015

Le roman comme exploration

Voici ce qu'écrit Jacques Abeille à propos de son oeuvre Les jardins statuaires dans la postface des Mers perdues, écrit en collaboration avec François Schuiten.

"Il y a une quinzaine d'année, passant sur une route de campagne, je vis un paysan qui grattait la terre et je me représentai tout à coup un monde où poussaient non des courges mais des statues. Je garde le souvenir de l'éclatante blancheur du marbre en moi vibrant. En ce moment me fut donné une manière de conte philosophique, une métaphore de la création artistique avec son avers de soins patients à une croissance que tout menace, et son revers, le bourgeonnement fou et la mort du créateur écrasé sous son oeuvre.
Je menais une vie sans loisir et des années passèrent sans me laisser l'occasion de tracer la plus modeste ébauche. Puis j'étais dans une chambre d'hôtel et je voyais ma vie que je rompais en faveur de l'avenir. J'étais seul et des pensées me menaçaient. Je pris un cahier et me mis à écrire ce conte dont l'idée me revenait dans mon désoeuvrement. Je croyais en faire le tour en quelques pages. Ma minutie m'entraîna, et enfin un obscur désir de réalité. Je ne veux pas dire qu'il m'importait de rendre vraisemblables des fantaisies, mais qu'il y avait dans le monde que je découvrais trop de richesse pour qu'il consente à la fade transparence d'une allégorie; je cessai de vouloir ce que j'écrivais et laissai surgir des incongruités. Ainsi ce qui devait n'être que le divertissement d'un moment, fut le rêve de quelques mois. Le plus étrange était que cette chose exigeait son temps propre et retardait sa clôture. Par exemple, si des filles hantent cette narration, c'est que deux enfants, Laurence et Stéphanie, vinrent jouer autour de la maison où j'écrivais, leurs rires montaient jusqu'à ma fenêtre; le roman happa ce reste diurne et s'en nourrit. Je cru avoir écris l'oeuvre d'un fou; l'ayant laissé quelques temps, je m'étonne d'une cohérence inattendue. C'est ainsi. Ecrivant, il arrive que l'on franchisse par mégarde une indécise et insoupçonnée frontière; ce dont on se croyait maître se met à exister de son propre poids et, tandis que l'auteur bascule dans une moindre existence, se dresse un être de parole que son élan porte au dehors. La publication est moins une ambition qu'un geste de bonne foi. Il me semble."

Ces propos me semblent parfaitement convenir à son oeuvre, ainsi qu'à celle de Tolkien et de Gracq. L'idée d'un univers découvert et révélé par l'écrivain, l'envahissant pour le dépasser progressivement me paraît juste en ce qui les concerne. Je crois que cela marche moins pour l'oeuvre de Borges, que je trouve plus maîtrisée, canalisée.

samedi 25 juillet 2015

Et celle-ci aussi !



Et elle en avait bien besoin ! Le classement a été fait selon la hauteur des livres d'histoire et de géographie, pour qu'ils tiennent dans les différents rayonnages. Il reste même de la place, comme dans la bibliothèque du bas...

vendredi 24 juillet 2015

C'est beau une bibliothèque bien rangée !




Voici le résultat d'une après-midi de classement ... L'ordre alphabétique est encore ce qu'il y a de mieux pour s'y retrouver !

lundi 13 juillet 2015

Une belle moisson



Regarder 84 Charing Cross Road hiers soir nous a donné envie de retourner chez un bouquiniste situé non loin de Rouen pour y fouiner un peu... Et voici ce que nous avons trouvé !

84 Charing Cross Road



J'ai découvert avec plaisir le film 84 Charing Cross Road avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il était tiré d'une authentique correspondance échangée pendant vingt ans (de 1949 à 1969) entre Helene Hanff, écrivain new-yorkaise, et les employés de la librairie Mark & Co., spécialisée dans les titres épuisés.




Le dévouement et la délicatesse de Frank Doel, le premier et principal interlocuteur de mademoiselle Hanff, touchèrent cette femme pourtant exigeante, à la recherche de textes rares introuvables selon elle aux États-Unis ("Londres est bien plus près de mon bureau que la 17e Rue" écrivit-elle au libraire). Très vite, un ton chaleureux et intime s'installa entre les différents correspondants car le personnel de la petite librairie et les proches de Frank Doel participèrent aussi à cet échange épistolaire dont le sujet principal restait cependant l'amour des livres. 
Hélène Hanff a connu avec ce livre une certaine notoriété, sans bien en comprendre les raisons disait-elle, elle qui n'avait jamais rencontrer le succès littéraire jusque là.




Détail pittoresque, si la librairie d'occasion du 84 Charing Cross Road n'existe plus depuis les années 1970, il y en a une autre sise au 72 de la même rue !

lundi 6 juillet 2015

Nous pourrons bientôt lire dans la librairie de Montaigne !

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Egyptologue et mathématicien de formation, Robert Vergnieux dirige Archéovision et met les technologies numériques les plus pointues au service des sciences humaines et de l'histoire.

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L'un des derniers projets en cours est la reconstitution intégrale de la librairie de l'écrivain Montaigne qui se trouvait dans la petite tour ronde de son château à Saint-Michel-de-Montaigne. Il s'agit de restituer la bibliothèque de l'auteur des « Essais » telle qu'elle était du temps où il y passait son temps à lire, écrire et penser : c'est - à - dire aussi bien le lieu que les livres qui y étaient entreposés. Il s'agit d'un vaste projet de numérisation de son œuvre, entamé l'an dernier et qui permettra à terme de se promener virtuellement dans la bibliothèque, de cliquer sur un livre pour accéder à son contenu numérisé et lire ce que Montaigne lisait, c'est-à-dire au moins une centaine d'ouvrages.
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Il a fallu également retrouver les maximes, que Montaigne avait fait graver sur les poutres et les solives du plafond de la bibliothèque, et leurs différentes versions (certaines se superposaient).

 

 En croisant la description effectuée par Montaigne lui-même de sa librairie et les images restituées, les spécialistes discutent encore pour savoir combien d'étagères comptait la pièce et de quelle couleur était le plafond. Aux dernières nouvelles, le plafond aurait été blanc et il y aurait eu trois travées dont la troisième équipée de pupitres. Et comment le sait-on ? Parce que les simulations faites par Archéovision ont montré que la phrase d'hommage à La Boétie qui, d'après Alain Legros, surmontait le meuble, était trop longue pour tenir sur deux travées seulement.