Étrange livre que Les eaux étroites. On peut se demander de prime abord ce qui a poussé Gracq à vouloir le publier et les éditions Corti à accepter !
Ce petit volume raconte les souvenirs des promenades sur l'Evre faites par l'auteur, mêlant descriptions de paysage et réminiscence de lectures.
Quel intérêt sinon les mots de Gracq, si puissants et évocateurs pour moi ?
"Pourquoi le sentiment s'est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous des portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s'apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l'excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d'attache, à la clôture de la maison familière ?"
jeudi 12 mai 2011
mercredi 4 mai 2011
Des écrivains en vidéo
J'ai déniché plusieurs entretiens donnés par mes écrivains préférés :
Julien GRACQ 'Entretien" par MELMOTH
Paul Auster sur Rue89 : l'interview intégrale par rue89
Julien GRACQ 'Entretien" par MELMOTH
Paul Auster sur Rue89 : l'interview intégrale par rue89
Un balcon en forêt
Lire Un balcon en forêt après les manuscrits de guerre de Gracq est éclairant. On mesure combien l'expérience de la guerre du Lieutenant Poirier a enrichi la fiction mettant en scène l'aspirant Grange. Certains passage du journal de guerre sont purement repris dans le roman, comme l'épisode du fuyard dont la maison a été détruit par des "canons - revolvers" et les Knackebrot de seigle qualifiés de "nourriture triste" dans les deux textes.
Le roman recèle aussi de magnifiques descriptions de paysage, montrant l'oeil exercé du géographe de la génération des Vidal de la Blache ou des De Martonne. "Le train , qui suivait la rivière lente,s'était enfoncé d'abord entre de médiocres épaulements de collines couverts de fougères et d'ajonc." Lire le Gracq géographe me fait l'effet de me retrouver en hypokhâgne, lorsque je passais des heures sur les cartes topographiques et les coupes géomorphologiques, à essayer d'expliquer le paysage français.
Je n'arrivais plus à lire, et voilà qu'en quelques jours, j'ai lu deux livres de Julien Gracq. Il est décidément devenu mon auteur préféré !
Le roman recèle aussi de magnifiques descriptions de paysage, montrant l'oeil exercé du géographe de la génération des Vidal de la Blache ou des De Martonne. "Le train , qui suivait la rivière lente,s'était enfoncé d'abord entre de médiocres épaulements de collines couverts de fougères et d'ajonc." Lire le Gracq géographe me fait l'effet de me retrouver en hypokhâgne, lorsque je passais des heures sur les cartes topographiques et les coupes géomorphologiques, à essayer d'expliquer le paysage français.
Je n'arrivais plus à lire, et voilà qu'en quelques jours, j'ai lu deux livres de Julien Gracq. Il est décidément devenu mon auteur préféré !
mardi 3 mai 2011
La disparition des traces
A l'heure où viennent de paraitre les manuscrits de guerre de Gracq, Pierre Assouline se fait l'écho d'une inquiétude de l'Institut des textes et manuscrits modernes : avec le numérique, les traces de la création des oeuvres littéraires ont tendance à disparaitre. Il sera bientôt difficile sinon impossible de reconstituer le cheminement de la pensée des auteurs de fictions comme d'essais.
dimanche 1 mai 2011
Ecrits de guerre
Je viens de finir les "Souvenirs de guerre" de Julien Gracq, première partie du recueil intitulé Manuscrits de guerre. Il s'agit du récit de la campagne de 1940 vécue par le lieutenant Poirier entre le 10 mai et le 2 juin, de la Flandre aux environs de Dunkerque.
Composé a postériori, mais prenant la forme d'un journal de bord, le récit de 125 pages nous montre la défaite française et nous l'explique aussi : "il s'établissait comme en langage chiffré, comme en morse, un dialogue mystique : d'un côté l'âme sage, timide et économe et de l'autre une volonté sauvage, farouche, d'étouffer, d'écraser, de courber sous son joug l'adversaire, d'avoir à tout prix le dernier mot."Ou encore : "Rien d'authentique ne sera sorti de cette guerre que le grotesque aigu de singer jusqu'au détail 1870 et 1914."
Gracq est un observateur lucide, tant de la menée de la guerre que des rapports humains qu'elle entraine. " De notre situation désespérée ne naît, comme on pourrait le croire, ni communion, ni cordialité. Chacun se referme sur soi-même, dans sa boule dure, et il n'y a peut-être aucun moment de la guerre où je n'aie sentie jusqu'à la gêne les rapports entre hommes plus hypocrites, plus creux. Chacun est seul. Eh bien ! Va pour la solitude, et tant mieux."
Il me reste à lire le récit de guerre dont l'action se déroule sur deux jours et deux nuits et reprend en partie les souvenirs du lieutenant Poirier.
Je n'ai qu'un regret concernant ce livre, c'est que la maison José Corti ait changé la qualité du papier et de la couverture et que le volume soit massicoté !
Composé a postériori, mais prenant la forme d'un journal de bord, le récit de 125 pages nous montre la défaite française et nous l'explique aussi : "il s'établissait comme en langage chiffré, comme en morse, un dialogue mystique : d'un côté l'âme sage, timide et économe et de l'autre une volonté sauvage, farouche, d'étouffer, d'écraser, de courber sous son joug l'adversaire, d'avoir à tout prix le dernier mot."Ou encore : "Rien d'authentique ne sera sorti de cette guerre que le grotesque aigu de singer jusqu'au détail 1870 et 1914."
Gracq est un observateur lucide, tant de la menée de la guerre que des rapports humains qu'elle entraine. " De notre situation désespérée ne naît, comme on pourrait le croire, ni communion, ni cordialité. Chacun se referme sur soi-même, dans sa boule dure, et il n'y a peut-être aucun moment de la guerre où je n'aie sentie jusqu'à la gêne les rapports entre hommes plus hypocrites, plus creux. Chacun est seul. Eh bien ! Va pour la solitude, et tant mieux."
Il me reste à lire le récit de guerre dont l'action se déroule sur deux jours et deux nuits et reprend en partie les souvenirs du lieutenant Poirier.
Je n'ai qu'un regret concernant ce livre, c'est que la maison José Corti ait changé la qualité du papier et de la couverture et que le volume soit massicoté !
samedi 19 février 2011
80 millions de voyeurs
Alors que j'étais épuisée et préoccupée, il y a quelque temps, j'ai demandé à mon bibliothécaire personnel de me trouver dans nos étagères un livre "plutôt facile, distrayant, style policier, prenant".
J'adore demander à mon bibliothécaire de me choisir un livre: il y a toujours une part délicieuse de surprise et je lis ainsi des romans que sinon je n'aurais jamais ouverts. Mais c'était une mission délicate: je voulais du polar sans terreur. Cette fois donc, son choix s'est porté sur 80 millions de voyeurs, de MacBain.
Premier MacBain me concernant, bilan globalement positif. L'histoire m'a attrapée, comme je le souhaitais, la lecture était effectivement facile mais avec des lourdeurs qui m'ont gênée, dans le fond et la forme. Le décalage temporel énorme m'a amusée: on a presque l'impression d'être dans un autre univers.
Je crois que je vais en lire un autre.
J'adore demander à mon bibliothécaire de me choisir un livre: il y a toujours une part délicieuse de surprise et je lis ainsi des romans que sinon je n'aurais jamais ouverts. Mais c'était une mission délicate: je voulais du polar sans terreur. Cette fois donc, son choix s'est porté sur 80 millions de voyeurs, de MacBain.
Premier MacBain me concernant, bilan globalement positif. L'histoire m'a attrapée, comme je le souhaitais, la lecture était effectivement facile mais avec des lourdeurs qui m'ont gênée, dans le fond et la forme. Le décalage temporel énorme m'a amusée: on a presque l'impression d'être dans un autre univers.
Je crois que je vais en lire un autre.
Maximine
Dans le Magazine Littéraire, récemment, j'ai lu un court article sur cette femme et son dernier livre, Somme d'amour. Le poème qui y était reproduit m'a séduite immédiatement et touchée d'une façon inattendue.
Je n'aime pas beaucoup la poésie. J'aimerais l'aimer, mais je ne la comprends pas. Bien souvent, je lis un poème avec envie, l'envie de résonner, comme si je savais au fond quelles émotions la poésie peut procurer, mais rien. La plupart du temps je ne parviens même pas à aller au bout du poème. Le texte m'est étranger et je décroche. C'est tout à fait frustrant et ces échecs m'ont détournée de la poésie en général.
Au collège, lire Ronsard avait été un choc. Adolescente, j'ai eu ma phase Baudelaire, aussi intense qu'entière, mais qui s'est étiolée doucement avec les années. Et puis Aragon. En-dehors de cela, la poésie m'est restée étrangère.
Jusqu'à la lecture de ce poème dans le Magazine Littéraire, presque par inadvertance. Un court texte, lu en attendant que le thé infuse, parce que je n'avais pas envie de faire la vaisselle. Un texte qui fait écho, que je comprends, qui m'émeut sans même que j'y aie pris garde.
Je n'ai pas fini de lire Somme d'amour. J'essaie de faire durer, de déguster chaque poème comme un marron glacé: arriver au coeur de chacun de ces textes doit se savourer, et c'est à chaque fois un délice et une surprise.
Difficile de choisir un extrait, tant les mots de cette femme sont justes, émouvants et aériens. Mais tout de même, pour aujourd'hui:
Comme une étoile déchirée
On vit... Bon ce n'est pas cela
N'importe C'est à chaque fois
La même parole étonnée
D'avoir trouvé si loin là-bas
L'astre qui brille votre coeur
C'était quoi déjà cette douleur?
Tu m'écris elle est effacée
Pour un instant pour des années
N'importe Voici les pivoines
Et le temps qui croit qu'il me fane
Se trompe Il m'a multipliée
J'aimerais beaucoup entendre Maximine, la voir. Croisons les doigts, peut-être fera-t-elle partie des invités de ma librairie, un jour? Je pourrai ainsi lui témoigner silencieusement toute mon admiration, car je ne parviens pas à comprendre comment on peut écrire de pareils textes.
Je n'aime pas beaucoup la poésie. J'aimerais l'aimer, mais je ne la comprends pas. Bien souvent, je lis un poème avec envie, l'envie de résonner, comme si je savais au fond quelles émotions la poésie peut procurer, mais rien. La plupart du temps je ne parviens même pas à aller au bout du poème. Le texte m'est étranger et je décroche. C'est tout à fait frustrant et ces échecs m'ont détournée de la poésie en général.
Au collège, lire Ronsard avait été un choc. Adolescente, j'ai eu ma phase Baudelaire, aussi intense qu'entière, mais qui s'est étiolée doucement avec les années. Et puis Aragon. En-dehors de cela, la poésie m'est restée étrangère.
Jusqu'à la lecture de ce poème dans le Magazine Littéraire, presque par inadvertance. Un court texte, lu en attendant que le thé infuse, parce que je n'avais pas envie de faire la vaisselle. Un texte qui fait écho, que je comprends, qui m'émeut sans même que j'y aie pris garde.
Je n'ai pas fini de lire Somme d'amour. J'essaie de faire durer, de déguster chaque poème comme un marron glacé: arriver au coeur de chacun de ces textes doit se savourer, et c'est à chaque fois un délice et une surprise.
Difficile de choisir un extrait, tant les mots de cette femme sont justes, émouvants et aériens. Mais tout de même, pour aujourd'hui:
Comme une étoile déchirée
On vit... Bon ce n'est pas cela
N'importe C'est à chaque fois
La même parole étonnée
D'avoir trouvé si loin là-bas
L'astre qui brille votre coeur
C'était quoi déjà cette douleur?
Tu m'écris elle est effacée
Pour un instant pour des années
N'importe Voici les pivoines
Et le temps qui croit qu'il me fane
Se trompe Il m'a multipliée
J'aimerais beaucoup entendre Maximine, la voir. Croisons les doigts, peut-être fera-t-elle partie des invités de ma librairie, un jour? Je pourrai ainsi lui témoigner silencieusement toute mon admiration, car je ne parviens pas à comprendre comment on peut écrire de pareils textes.
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