vendredi 27 juin 2008

Attention, livre maudit

Je viens de terminer Versus, avalé en deux jours. Ce roman rejoint le rayonnage assez réduit des livres qui ont compté pour moi. Sa lecture ne peut pas laisser indifférent.

Le personnage principal, Paul Nazutti est un concentré de haine qui porte sur le monde un regard ambigu : il le déteste, mais il continue d’y participer.

Le plus effrayant pour moi (et probablement pour les quelques proches qui parcourent ce blog) est que je me suis reconnu dans ce personnage de fiction. Pire encore, j’ai le sentiment que si j’étais entré dans la police comme j’avais initialement voulu le faire, je serais devenu comme lui. Aujourd’hui je ne lui ressemble qu’un peu !

Je suis persuadé que la société décrite par Antoine Chainas à travers le regard du major Nazutti est la vraie, et cela ne me rend pas optimiste…

Pour en revenir au roman, si j’excepte une fin prévisible et à mon avis inutilement dans la surenchère, il est bon de la première à la dernière page. Sans temps mort, il ne vous laisse pas respirer et vous plonge dans les tréfonds d’une (puis deux) âmes torturées. Là où le Dantec des Racines du Mal vous décrivait un univers glauque, Chainas vous y fait participer… C’est déstabilisant et je ne peux que recommander cette lecture à un public averti.

mardi 6 mai 2008

La mort d'un auteur boulimique

J’apprends aujourd’hui, par la lecture du blog La République des livres, la mort de Frédéric H. Fajardie, un très prolifique auteur de romans policiers et historiques, balayé par le cancer.

Avec plus de 300 titres à son actif, cet auteur multiforme à donner vie à des personnages attachants quoique légèrement stéréotypés.


Son premier roman, Tueurs de flics, est l’occasion de lancer un personnage récurent en la personne du commissaire Antonio Corrado Padovani qui poursuivra sa carrière dans 5 autres romans.

J’ai parlé de Fajardie sur ce blog au sujet des Foulards rouges et du Voleur de vents, romans « historiques » retraçant la saga des comtes de Nissac.

jeudi 3 avril 2008

Versus

Paul Nazutti, major à la Brigade des mineurs, est un des personnages les plus marquants qu’il m’est arrivé de croiser dans un polar, depuis les héros du Dantec que l’on pouvait encore lire !

Paul Nazutti, flic à l’ancienne, est un torrent de haine lancé contre l’humanité: hommes, femmes, enfants, vieux, noirs, arabes, juifs, homos, hétéros, flics, politiques, touristes, médecins, avocats, juges, fonctionnaires… Il les vomit tous mais encore plus les pervers et les pédophiles. C’est un flic qui guette, chasse, transgresse, torture. N’ayant que faire de la rédemption, sachant très bien qu’il ne sera au mieux qu'"un chiffre dans les statistiques", Nazutti est en croisade contre le rebus de l’humanité.

Dans Versus, à la manière des romans procéduraux classiques, une série de meurtres récents ramènent à la surface des affaires bâclées vingt ans auparavant. En 1988, Nazutti enquêtait sur la disparition d’une jeune fille. Celui qui n’était alors qu’inspecteur était alors plus en guerre contre son propre corps de métier que contre les criminels ; ce qui l’amena à bâcler l’affaire. Nous sommes ensuite transportés en juillet 2008, au moment où Nazutti tombe sur une affaire macabre: des cadavres de pédophiles retrouvés près des cadavres des enfants qu’ils ont auparavant violentés. Le meurtrier a également déposé des poèmes à côté des corps. Le nouveau chef de la brigade des mineurs fait alors équipe avec un idéaliste mis au placard pour avoir dénoncé des supérieurs, et qui revient sur le terrain.

Versus associe la profondeur psychologique et procédurale de Michael Connelly et le regard de Richard Price pour les villes d’aujourd’hui. On y retrouve également parfois les digressions mystiques et religieuses (moins délirantes cependant) de Dantec.

jeudi 17 janvier 2008

Internet, création de Borges ?

Borges, précurseur d’Internet ? C’est la thèse que développent certains travaux outre-Atlantique et dont on peut avoir un aperçu dans un article du New York Times…. Pierre Assouline consacre un article à cette idée et se dit troublé par certaines de ces analyses.

Faut-il pour autant lire dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius (1940) une métaphore de Wikipédia , les prémisses du blog et de l’archivage permanent dans Funes el memorioso (1942)ou encore rapprocher le projet de bibliothèque universelle de Google de La bibliothèque de Babel (1941) ?

Je suis plus que sceptique. Selon moi, Borges est un auteur immortel (l’un de ces thèmes d’écriture favoris) ou intemporel, mais je ne le vois pas comme « moderne ». Son approche des technologies est rare voire inexistante.

Bref, j’adore Borges et je l’admire, mais je ne suis pas prêt à en faire le prophète de l’ère numérique ! Nul doute que cette idée l’aurait fait cependant sourire…

jeudi 3 janvier 2008

Pour approcher Julien Gracq

A lire ici, un petit récit des entrevues de Léon Mazzella avec Julien Gracq. Pour en savoir un peu plus sur un écrivain qui fuyait ses semblables.

dimanche 23 décembre 2007

Julien Gracq et l'ultime rivage

L’écrivain Julien Gracq, que j’avais redécouvert il y a peu, est mort samedi après une vie littéraire d’exception, loin des honneurs et de la vie parisienne.

Agrégé d’histoire et de géographie, il écrivit une partie de son œuvre tout en enseignant dans des lycées à Quimper, Nantes, Amiens et Paris. En 1938, il présente le manuscrit de Au château d’Argol à l’éditeur et libraire José Corti, à qui il restera fidèle durant toute sa vie.

De lui, il faut bien sûr lire Le rivage des Syrtes, mais aussi le pamphlet La littérature à l'estomac (1950), où il stigmatise les mœurs littéraires et le roman Un balcon en forêt (1958).

Enfin, je me suis plongé avec bonheur dans ses carnets que sont En lisant en écrivant et Lettrines.

jeudi 20 décembre 2007

La mort de l'éditeur français de Tolkien


Le 20 décembre, on apprend le décès de Christian Bourgois.

Pour beaucoup, il est celui qui a fait découvrir aux Français la littérature étrangère. En 1962, il prend la direction des éditions Julliard, rachetées ensuite par les Presses de la Cité. A la tête de ces dernières, il devient l'un des plus grands éditeurs français. Il y dirige, pendant une vingtaine d'années, Julliard, Plon ou encore Perrin.

A partir de 1968, il fonde la fameuse collection de poche "10/18", où cohabitèrent, dans les années 1970, toutes les formes de la pensée contemporaine.

En 1966, en étroite association avec l’écrivain et éditeur Dominique de Roux, il fonde sa propre maison d'édition: Christian Bourgois Editeur, qui construisît sa réputation sur l'étranger. Il en resta jusqu'au bout l'unique directeur littéraire. C’est dans cette maison qu’il publia la première traduction française des œuvres de Tolkien en 1969.

Merci Monsieur Bourgois, vous manquerez aux livres.